
Alors que la société Imerys, qui prévoit d’ouvrir une mine de lithium à Échassières, multiplie les débats publics, les habitants restent dubitatifs tandis que plane la question sans réponse de la façon dont doit être menée la transition énergétique.
(...) L’ambition est en effet d’ouvrir sur ce piémont du Massif central, d’ici à 2028, la deuxième plus grande exploitation de lithium d’Europe, avec une production de 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an pendant au moins vingt-cinq ans. Une matière première suffisante pour produire annuellement 663 000 batteries de voitures électriques et apporter ainsi une contribution majeure à la transition vers une Europe sans véhicules thermiques, tout en gagnant en « souveraineté énergétique ». (...)
De ces montagnes de stériles miniers et autres résidus solides, « 40 % seront enfouis sous forme de pâte cimentée » dans les galeries de la mine à mesure de leur épuisement, indique Grégoire Jean, directeur de la recherche et du développement chez Imerys, et « 25 % seront séchés et entreposés dans la fosse de la carrière de kaolin » exploitée depuis 2005 par son employeur à l’aplomb de la future mine.
Craintes pour la forêt
Les deux solutions inquiètent Étienne Philippe, un autre militant de PFC. « La pluie va tomber sur les stériles miniers stockés en extérieur et emporter les métaux libérés lors du broyage dans les aquifères et les cours d’eau », pointe l’ancien employé de collectivité locale. Quant au remblaiement, il doute que le procédé empêchera l’infiltration de l’eau, d’autant que le recours quotidien à des explosifs pour creuser les galeries risque selon lui de favoriser la fissuration du massif granitique.
« La crainte, c’est que les nappes aquifères soient aspirées vers le fond de la mine, explique Étienne Philippe. Or, la Bosse est un château d’eau pour la région. Elle compte 350 sources et personne ne peut assurer qu’elles continueront de couler quand la mine sera en activité. »
Une telle baisse du niveau des nappes pourrait avoir des effets délétères sur la forêt des Colettes, un beau massif forestier de 4 000 hectares, principalement peuplé de chênes et de hêtres, déjà malmené par le changement climatique. (...)
Débarrassé de sa gangue de stériles miniers par une opération de concentration réalisée à Échassières, le mica lithinifère (330 000 tonnes par an) devrait être expédié à travers des canalisations jusqu’à un quai de chargement à construire sur des terres agricoles à Saint-Bonnet-de-Rochefort, à 15 kilomètres en contrebas. De là, il serait convoyé par train jusqu’à une usine de conversion qui devrait voir le jour sur une friche industrielle de l’agglomération de Montluçon.
L’extraction de l’hydroxyde de lithium se fera en plusieurs étapes, parmi lesquelles la calcination du mica dans un four dont la voracité énergétique laisse Patricia Laederich pantoise. « Ce four à gaz consommerait 495 gigawattheures [GWh], c’est-à-dire l’équivalent de la consommation énergétique domestique de 45 000 foyers, soit presque 100 000 habitants ! », s’exclame-t-elle. L’agglomération de Montluçon ne compte que 65 000 habitant·es.
Le processus impliquera aussi le recours à des réactifs chimiques tels que l’acide sulfurique, l’acide chlorhydrique, la soude et la chaux. Interrogé sur un éventuel classement Seveso de l’usine, Grégoire Jean se montre évasif, estimant que « cela dépendra de la nature et de la quantité des substances ». Il admettra cependant un peu plus tard que quelque 11 000 tonnes de résidus devraient être expédiées chaque année vers des installations de stockage de déchets dangereux (ISDD). (...)
Lancé le 12 mars, le débat public se poursuivra jusque début juillet (...)
Cette consultation, imposée par la loi pour tous les projets qui impliquent un investissement supérieur à 600 millions d’euros – celui d’Imerys est évalué à 1 milliard –, n’a pas non plus d’effet suspensif (...)