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Lithium dans l’Allier : prospérité ou mise en danger pour le village où se situe la mine ?
#lithium #mines #biodiversite #urgenceclimatique #transitionenergetique #Allier
Article mis en ligne le 2 juin 2024
dernière modification le 31 mai 2024

C’est un projet inédit de mine de lithium en France. Bien qu’il suscite de nombreuses inquiétudes environnementales, une bonne partie de la population locale le regarde d’un bon œil. Voici pourquoi.

« Tant qu’il y a l’école, il y a de la vie dans un village. Quand il n’y a plus d’école… Les autres villages sont morts aux alentours ». Voici comment Jeanne*, aide à domicile de 53 ans, se rassure quant à la survie de son village, Échassières, une commune de 370 habitants dans l’Allier, à 60 kilomètres au nord de Clermont-Ferrand.

De fait, Échassières ne compte pas qu’une école ; on y trouve aussi un bar-restaurant, une boulangerie, une boucherie, une épicerie, un salon de coiffure et une boutique de vêtements. De quoi susciter l’envie d’autres petits villages. « Une ancienne maire a œuvré pour maintenir les commerces. Et elle a bien fait parce que ça maintient le village et l’école, et ça, ça attire des jeunes un petit peu », explique Jeanne.

Mais un autre facteur entre aussi en ligne de compte pour expliquer la vivacité de ce village : « Il y a beaucoup de minerais ici », reconnaît Jeanne. Depuis le 19e siècle, Échassières jouit effectivement des retombées de l’exploitation du kaolin, matériau utilisé pour la porcelaine et le carrelage, extrait du massif granitique de La Bosse. Entre 1913 et 1962, on y a également extrait en galeries souterraines du tungstène, du tantale et de l’étain.

Depuis peu, une nouvelle page minière semble s’écrire. En octobre 2022, Imerys, multinationale spécialisée dans les minéraux industriels, a annoncé l’ouverture d’une mine de lithium. Elle devrait se situer, en souterrain, sous la carrière des Kaolins de Beauvoir, propriété d’Imerys depuis 2005.

Projet titanesque (...)

Mais dans le village d’Échassières, cette mine d’importance européenne fait, en grande partie, l’objet d’un accueil favorable, comme nos enquêtes** respectives ont pu nous le dévoiler. (...)

Comme nous l’ont révélé les échanges et entretiens menés sur le terrain, cette adhésion majoritaire au projet d’extraction de lithium de la population d’Échassières ne peut se comprendre qu’en revenant sur l’histoire minière du territoire, qui a profondément marqué sa population. (...)

« On était quand même avantagé avec le statut des mineurs » se souvient André, 95 ans, une des dernières personnes encore en vie à avoir travaillé à la mine de tungstène. « On avait droit au chauffage, on avait droit à l’indemnité de transport, on avait droit à des avantages qu’il n’y avait pas trop dans d’autres sociétés », poursuit-il.

Sept bistrots, trois classes d’école, de nombreux commerces et huit cents habitants : l’époque de la mine résonne comme un âge d’or pour le village, qui compte aujourd’hui moitié moins d’habitants et plus qu’une seule classe d’école.

Avec l’agriculture, l’activité minière a fait vivre économiquement et socialement le village. Elle a intégré l’identité culturelle de ses habitants (...)

l’exploitation minière a laissé un autre héritage à la commune : une certaine aisance financière permettant un dynamisme local (...)

Or, suite à la chute des cours du tungstène, la mine des Montmins ferme en 1962, produisant une forte baisse démographique de la population du village. En parallèle des fermetures de la mine et de certaines carrières, la modernisation du monde agricole n’a pas aidé à retenir les populations actives dans les campagnes. La mécanisation de l’agriculture a réduit les besoins en main-d’œuvre ; l’agrandissement des exploitations a resserré le nombre de propriétaires. Des douzaines de familles paysannes que comptait Échassières dans la seconde moitié du 20e siècle, il n’en reste qu’un tiers environ. (...)

« On voulait partir à contre-courant de ce monde, en se disant qu’on ne pourrait pas le combattre dans un milieu urbain. On s’est dit qu’ici [Echassières] on allait avoir une vie simple, plus proche de la nature. Et on se prend la grosse claque de se dire que ça va être l’endroit le plus pollué qu’on a choisi », explique Florence, 41 ans, installée récemment avec sa famille à Échassières après une vingtaine d’années passées dans une grande métropole.

Ce type de migration choisie, ainsi que l’activité touristique autour du patrimoine et du paysage montagneux locaux, pourraient être impactées si le projet de mine aboutissait.

Cependant, pour la plupart des Échassiérois et Échassiéroises, l’ouverture d’une nouvelle mine représente l’espoir de voir de nouvelles familles s’installer, qui feront vivre les commerces et inscriront leurs enfants à l’école. (...)

L’espoir d’une mine « réinventée »

Pourtant, le passé minier du village n’a pas seulement laissé comme trace celle d’une richesse relative, il a aussi confié aux habitants un autre héritage. Au Mazet, là où se situent les ruines de la laverie, les sols ont été sévèrement pollués à l’arsenic, selon un rapport émis par Géodéris. (...)

Une pollution qui persiste, soixante ans après la fermeture de la mine, pourtant minuscule en comparaison de celle à venir (en une cinquantaine d’années d’exploitation, la Compagnie minière des Montmins a produit 6000 tonnes de concentré de tungstène).

Certes, il existe bel et bien un mouvement d’opposition locale au projet de lithium, organisé principalement autour de l’association Préservons la forêt des Colettes et des collectifs Stop Mines 03 et Chargement de Lithium à St Bonnet de Rochefort, Non Merci !

Lors des rencontres de l’actuel Débat Public au sujet du projet EMILI, ces organisations, ainsi que d’autres du ressort national telle que France Nature Environnement, font entendre leurs craintes par rapport aux impacts environnementaux. Elles exigent des réponses en ce qui concerne la consommation d’eau, la pollution des sols, et la perturbation du sous-sol et du paysage ; et contestent également « la mine et son monde », c’est-à-dire, les besoins en lithium et la ruée minière résultant d’un mode de vie trop consumériste.

Mais qu’il s’agisse des exploitations futures ou des exploitations passées, la majorité de la population d’Echassières préfère mettre à distance la question des conséquences environnementales. (...)