C’est un mal invisible à l’œil nu : dans la rade de Brest, des algues vertes tapissent le fond de l’eau, et étouffent la vie sous-marine. Les coupables ? Les engrais azotés de l’agriculture industrielle.
D’après Alain Pibot, directeur de l’Office français de la biodiversité (OFB) Finistère de 2018 à fin 2025 et adepte de plongée, « il y a parfois jusqu’à 2 mètres d’épaisseur d’algues vertes sur le fond de la rade ».
Comme chaque année, en Bretagne, la météo du printemps est redoutée par les défenseurs de l’environnement. Une météo pluvieuse suivie de journées chaudes et ensoleillées risque d’entraîner, encore et toujours, la prolifération de ces algues vertes (qui peuvent d’ailleurs être rouges dans la rade). « Les espèces les plus sensibles et fragiles disparaissent les premières, comme les éponges et les oursins. Mais aussi de grands bivalves. Elles sont remplacées par de petits vers, capables de survivre à l’absence d’oxygène », constate Jacques Grall, ingénieur de recherche à l’Université de Bretagne occidentale (UBO). (...)
En rade de Brest, des symptômes d’eutrophisation — lorsque des nutriments s’accumulent dans un habitat et provoquent la prolifération de végétaux — ont ainsi été détectés dans les espaces les plus confinés de la baie : au niveau de la baie de Daoulas, au Moulin Blanc au Relecq-Kerhuon, dans la baie du Fret, et dans la baie de Roscanvel. (...)
La rade de Brest, qui s’étend sur 180 km², est à la jonction de plusieurs bassins versants, tels ceux de l’Aulne, au sud, et de l’Elorn, au nord-est. Des bassins où l’agriculture occupe une place importante. La région Bretagne abrite, avec les Pays de la Loire, 70 % des fermes-usines de France. Les engrais azotés et le lisier, riche en azote lui aussi, sont utilisés en excès pour les cultures sur ces bassins versants et sont ensuite lessivés par la pluie vers les cours d’eau et les rivières. L’azote se dégrade alors en nitrates, qui finissent leur course dans la mer. Ce sont ces nitrates qui engendrent la prolifération d’algues vertes. (...)
Pour Alain Pibot, « la rade de Brest est la grande oubliée du plan de lutte contre les algues vertes ». Ce plan, lancé par l’État en 2010, a pour objectif de réduire la prolifération de ces organismes en réduisant notamment les taux de nitrates dans l’eau. Huit baies en font partie, telles que celles de Douarnenez (Finistère) et de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), connues pour subir des échouages massifs. Ce plan est néanmoins décrié, car il n’a eu que peu d’effets significatifs depuis 2010. (...)
Une solution ? Arrêter les cultures gourmandes en pesticides, telles que le maïs, afin de stopper la disparition des prairies naturelles bretonnes. (...)
« Il faut changer globalement la politique agricole », tranche l’ancien chercheur. Cela permettrait de protéger un écosystème unique. (...)
image : Colsu, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons