"Déclenchée par la faillite retentissante des pratiques financières spéculatives, la crise qui s’est ouverte en 2007 a révélé au monde les turpitudes de la finance dérégulée et les impasses du néolibéralisme. Au plus fort de la tempête, les États sont intervenus. Mais ils en sont restés aux premiers secours, le sauvetage des banques et les plans de relance. Ils ne se sont pas attaqués aux racines de la crise : la finance libéralisée, la mondialisation débridée, la fuite en avant productiviste et le creusement des inégalités. Par un de ces tours de force idéologiques dont ils ont le secret, les chantres du néolibéralisme ont imputé la crise globale aux dépenses publiques excessives, à un État social trop généreux et à des entraves à la concurrence sur des marchés jamais assez libéralisés. Passées sous silence, les innombrables largesses accordées aux riches, les niches, la fraude et l’évasion fiscales qui ont rongé les recettes publiques et creusé les déficits publics. Omis, le soutien des banques à la spéculation financière. Oubliée, la prise en charge de dettes privées colossales par les États appelés à la rescousse d’un système bancaire défaillant parce que spéculateur. Gommés, les effets délétères des traités européens. Niée, la difficulté à expliquer la montée du chômage par le coût du travail alors que les salaires sont comprimés depuis longtemps. Il fallait aller plus loin dans l’application d’un modèle qui venait pourtant de plonger le monde dans la pire crise du capitalisme depuis les années 1930.