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Marie-Claude Saliceti
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RFI
Le Liban au bord de la fracture
#guerreAuMoyenOrient #Liban
Article mis en ligne le 20 avril 2026

Le fossé se creuse entre le pouvoir libanais et le Hezbollah, plaçant le Liban à un tournant de son histoire.

Jamais, depuis la fin de la guerre civile, en 1990, les divisions interlibanaises n’ont été aussi profondes. Le pays semble avoir fait un bond de 40 ans en arrière, avec le retour sur le devant de la scène d’un discours longtemps tabou, celui des négociations directes et de la conclusion d’un « accord de paix » avec Israël.

Au lieu d’aboutir à une union sacrée, la guerre a creusé davantage le fossé entre le Hezbollah et le pouvoir officiel, représenté par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam.

Les deux dirigeants, qui ont résolument choisi, depuis des mois, d’aligner le Liban sur la politique américaine en s’engageant dans un processus de désarmement du Hezbollah, semblent déterminés à aller de l’avant, quelle que soit l’issue de la guerre.
Le Hezbollah délégitimé

Contrairement à toutes les autres guerres entre Israël et le Hezbollah (1993, 1996, 2006, 2024), le pouvoir officiel s’est distancié de l’action du Hezbollah dès l’éclatement du conflit actuel, le 2 mars.

Quelques heures à peine après le début de la guerre, le gouvernement a pris des décisions inédites, déclarant « illégales » les activités militaires du parti chiite.

Il ne s’agit pas d’un simple désaveu du Hezbollah mais d’un processus visant à le délégitimer, à le priver de sa fonction de « résistance » et de « défenseur du Liban face aux agressions israéliennes ».

Aux yeux des autorités officielles, la branche militaire du Hezbollah est désormais hors-la-loi, bien que le parti soit représenté par deux ministres au gouvernement, qu’il dispose d’un important bloc parlementaire et continue de jouir du soutien de la majorité de la communauté chiite et d’un appui moindre au sein des autres communautés. (...)

Pour le Hezbollah, qui s’est inscrit en toute conscience dans la stratégie iranienne, il n’est pas question de reculer.

Le parti chiite assure qu’il défend le Liban contre l’invasion israélienne, veut libérer les parties encore occupées du Sud, et faire cesser les violations répétées de la souveraineté nationale.

Il affirme qu’Israël n’a jamais respecté l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 et a poursuivi ses attaques et ses assassinats au Liban pendant quinze mois. La Force intérimaire des Nations unies a enregistré près de dix mille violations aériennes, terrestres et maritimes, qui ont fait pendant cette période près de 400 morts dans les rangs du parti chiite.

Contre l’avis du Hezbollah et malgré les fortes réserves du président du Parlement, Nabih Berry, principale figure chiite de l’État, MM. Aoun et Salam ont proposé des négociations directes avec Israël. (...)

Dispute autour d’un cessez-le-feu

Le pouvoir libanais s’est attribué la paternité du cessez-le-feu obtenu « grâce à l’intervention des États-Unis ».

Le Hezbollah affirme que sans « les pressions exercées par l’Iran », Israël n’aurait pas accepté de suspendre ses opérations militaires.

La polémique a enflé davantage après la publication par le département d’État du texte supposé de l’accord de cessez-le-feu « conclu entre les gouvernements du Liban et d’Israël ».

Au-delà du fait qu’aucun texte n’a été examiné et approuvé par le Conseil des ministres, le document publié par le département d’État engage le gouvernement libanais à prendre des mesures pour empêcher le Hezbollah de mener des attaques et garantit « le droit d’Israël à se défendre ».

Cependant, « le droit du Liban à se défendre » n’est mentionné nulle part, contrairement à l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024.

Les autorités libanaises n’ont pas réagi à cette publication tandis que le Hezbollah a fustigé « les concessions gratuites » et « l’abandon par le Liban de sa principale carte, celle de la résistance ». (...)

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 « Je n’ai plus personne » : un rescapé de Tyr témoigne des frappes israéliennes avant le cessez-le-feu au Liban

Tyr, à 20 km de la frontière avec Israël, est endeuillée. La ville surnommée « la perle du Sud », a été très touchée par les bombardements israéliens jusqu’aux dernières minutes qui ont précédé le cessez-le-feu jeudi soir 16 avril. Six immeubles résidentiels ont été complètement détruits, sans aucun avertissement préalable à la population pour évacuer. Le bilan est d’au moins 13 morts, 35 blessés et 15 disparus. (...)

« Dans cette rue, il n’y a que des civils, tout le monde se connaît. S’il y avait eu des combattants, on aurait trouvé une explication. Là, ils ont juste massacré les gens, et ils ont tué nos enfants », assure Fadel Hijazi. « Il n’y a pas eu d’avertissements. S’il y avait eu un avertissement, on serait sortis, on aurait attendu qu’ils bombardent et on serait revenus. »

Les attaques délibérées contre les civils sont des crimes de guerre. (...)