Réflexions sur une récente campagne médiatique contre des universitaires et des militants
Comme souvent, à la fin de l’année 2018, l’antiracisme s’est trouvé sous le feu de la critique médiatique [1]. Tant les mouvements dits « décoloniaux » que les travaux de sciences sociales s’intéressant aux discriminations raciales ont fait l’objet en une même semaine d’une attaque appuyée par différents médias. Trois interventions s’inscrivant dans cette même logique sont parues : une tribune publiée dans Le Point le 28 novembre 2018, un article de L’Observateur le 30 du même mois complété par un interview d’une ministre et enfin une chronique de Libération se faisant l’écho le 4 décembre 2018 de la sortie d’un ouvrage de sociologie. Ledit ouvrage, ainsi que les articles du Point et de L’Obs se retrouvent enfin mobilisés le 11 janvier 2019 par Michel Guerrin, rédacteur en chef du Monde, dans un article titré « Quand la race s’invite à l’université »... (...)
Cette offensive a ceci de particulier qu’elle entretient la confusion entre mouvements décoloniaux et études concernant l’ethnicisation des relations sociales, en s’inscrivant dans deux tendances aux frontières perméables :
– d’une part le ciblage d’un champ de la recherche à partir d’un discours politique (avec l’appui ou à l’initiative d’acteurs inscrits dans le monde universitaire) ;
– d’autre part une mise en cause de certains courants politiques qui s’autorise de (prétendues) recherches scientifiques.
Car il faut se rendre à l’évidence : ce qui peut sembler donner de la valeur à ces prises de positions n’est pas le statut des discours produits (aucune démonstration empirique n’est avancée) mais simplement le statut de ceux qui les produisent (ils occupent des positions dans l’espace académique et/ou médiatique).
Par ailleurs, les auteurs ne tentent pas de débattre des approches qu’ils condamnent, mais de les présenter comme extérieures au champ du débat : les mouvements anti-racistes sont présentés comme étrangers donc menaçants, les travaux sur les processus de racialisation sont présentés comme menaçants parce qu’étrangers. Un peu, d’ailleurs, comme les victimes du-dit racisme peuvent être présentées comme menaçantes, puisqu’étrangères. (...)