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Marie-Claude Saliceti
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OrientXXI
L’extension territoriale d’Israël depuis octobre 2023
#guerreAuMoyenOrient
Article mis en ligne le 16 mars 2026
dernière modification le 10 mars 2026

Si le 7 octobre 2023 constitue un tournant majeur dans la recomposition des rapports de force au Proche-Orient, il a également été le prétexte pour redessiner les lignes de démarcation. Israël a ainsi saisi cette séquence pour consolider et étendre son emprise territoriale à Gaza, en Cisjordanie, mais aussi au Sud-Liban et en Syrie, installant de facto des réalités durables sur le terrain. Une constante dans l’histoire coloniale de l’État.

(...) Trop souvent présentées comme des opérations de « défense », les offensives que Tel-Aviv mène sur les fronts limitrophes depuis le 7 octobre 2023 s’inscrivent dans cette histoire longue. Notons que cette évolution territoriale est largement assumée publiquement, à travers les cartographies militaires, les tribunes stratégiques et les déclarations de responsables. (...)

L’impact des sanctions numériques et les risques pour l’État de droit (...)

L’extension territoriale d’Israël depuis octobre 2023 (...)

L’enclave est divisée en deux blocs : environ 53 % du territoire est placé sous contrôle militaire israélien, contre 47 % pour la population gazaouie. Cette séparation a été matérialisée depuis décembre 2025 par une « ligne jaune » : alignements de blocs de béton peints en jaune et bermes de terre formant une frontière intérieure de fait. Ces zones ont été déclarées zones de tir ou interdites, rendant tout retour civil hautement improbable, accentuant une compression démographique sans précédent à l’ouest de l’enclave. De plus, la majorité des terres agricoles et plus de la moitié des puits d’eau se trouvent sous contrôle israélien. (...)

Les images satellites révèlent un déplacement progressif de ces blocs, centaine de mètres par centaine de mètres, sans proclamation officielle. Dans le même temps, le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a évoqué l’émergence d’« une nouvelle ligne de frontière », laissant entrevoir la possible stabilisation durable de cette division. La « ligne jaune » marque un tournant dans la mesure où la zone tampon n’est plus périphérique, mais intérieure et mouvante, redessinant l’espace au cœur même de l’enclave.

En Cisjordanie, un niveau record d’expansion coloniale (...)

Depuis le 7 octobre 2023, plusieurs pouvoirs administratifs ont été transférés de l’armée à une autorité civile dirigée par le ministre des finances, Bezalel Smotrich. Ce basculement d’un régime militaire vers une administration civile intégrée à l’État israélien constitue une étape décisive pour l’annexion et prépare sa légalisation juridique. Parallèlement, l’armement massif des colons, avec 120 000 armes distribuées depuis 2023, encouragé par Itamar Ben Gvir, le ministre de l’intérieur, et présenté comme une « défense civile », leur permet de mener directement des expulsions, des agressions et des incendies de terres palestiniennes. Ces actions visent à chasser les paysans des zones rurales pour concentrer la population dans les villes et fragmenter davantage l’espace palestinien (...)

« zone tampon » est une « zone morte »

L’offensive aérienne israélienne massive a commencé le 23 septembre 2024, suivie une semaine plus tard par l’engagement de l’armée de terre. Elle a entraîné une destruction massive dans une bande d’environ 5 kilomètres au nord de la « ligne bleue », démarcation tracée par l’ONU en 2000, au lendemain du retrait israélien du Sud-Liban, occupé depuis 1978. Les bombardements aériens quasi quotidiens depuis, les tirs d’artillerie, l’usage d’armes incendiaires et désormais de glyphosate ont rendu de vastes secteurs inhabitables.

Officiellement, Israël a affirmé ne pas chercher à créer une « zone tampon » mais à repousser l’unité Radwan du Hezbollah. Dans les faits, pourtant, il a installé un corridor vidé de sa population civile — plus de 95 000 Libanais avaient déjà été déplacés dès juin 2024 —, les infrastructures — routes, réseaux d’eau et d’électricité, terres agricoles — ont été détruites ou lourdement endommagées et des quartiers entiers de villages ont été rasés pendant la guerre Le risque de mort, les destructions, l’impossibilité de vivre faute d’infrastructures, la dégradation écologique ont transformé le tissu social et démographique local, d’où le surnom de « zones mortes ». Si certains habitants sont progressivement revenus en novembre 2025, cela ne concerne pas tous les villages. (...)

En Syrie, entre désir d’expansion et stratégie militaire

Depuis la guerre de juin 1967, Israël occupe le plateau du Golan, pris à la Syrie au terme des combats. Une politique de colonisation s’y est peu à peu déployée tandis que la « Loi sur le Golan » de 1981 est venue formaliser de manière illégale aux yeux du droit international l’annexion de la région. En 2019, le président étatsunien Donald Trump a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan. Depuis, la colonisation s’est étendue, avec près de 32 implantations

Après la chute du régime de Bachar Al-Assad, le 8 décembre 2024, Israël a profité du chaos pour lancer une vaste opération terrestre en Syrie. Il a pris le contrôle de la zone démilitarisée instaurée en 1974, après la guerre d’octobre 1973, entravant la mission de la Force des Nations unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD). Son armée a avancé dans les régions de Deraa et de Kuneitra, occupant environ 350 km² supplémentaires, du Mont Hermon au bassin du Yarmouk. En parallèle, plusieurs centaines de frappes aériennes ont visé les infrastructures militaires syriennes. Le gouvernement israélien a dans le même temps approuvé un plan visant à doubler la population des colons juifs dans la partie syrienne du Golan. (...)

arrachement à la terre, à la mémoire, aux liens sociaux qui entretiennent les cycles de violence, et installent durablement un ordre structurellement inégalitaire fondé sur la contrainte, la soumission et l’humiliation des populations voisines, sous le regard au mieux passif, au pire complice des pays occidentaux. (...)