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France Culture
L’algospeak : un argot pour contourner l’algo
#IA #algorithmes #algospeak
Article mis en ligne le 19 janvier 2026
dernière modification le 17 janvier 2026

Pendant des siècles, les argots servaient à échapper aux oreilles du pouvoir. Désormais, c’est aux yeux des algorithmes qu’ils cherchent à se dérober. Bienvenue dans l’ère du "parler algo".

Nos conversations en ligne, lorsqu’elles sont publiques, sont étroitement surveillées. Les algorithmes de modération sont devenus les intermédiaires invisibles de la plupart de nos échanges numériques. Ils filtrent automatiquement les contenus qui transitent par les réseaux sociaux. Mais comment continuer à dire ce que l’on veut lorsque des machines décident de ce qui peut être dit ou non ? C’est dans cet espace contraint qu’est né l’algospeak, ou "parler algo".

Ce terme désigne un ensemble de stratégies lexicales, graphiques et discursives permettant aux internautes de contourner la détection de contenus jugés sensibles, liés à la violence, à la sexualité, au suicide ou aux drogues...

Émojis et symboles pour tromper les algorithmes

La pratique la plus courante consiste, par exemple, à jouer avec les variations orthographiques en remplaçant certaines lettres par des chiffres ou des symboles. "Sexe" peut ainsi s’écrire avec le symbole de l’euro à la place des voyelles "S€x€", "salope" avec un arobase, ou "fesse" avec le chiffre 3 à la place du premier e. L’extension de fichier "PDF file" remplace parfois le mot anglais "pedophile".

Les émoticônes et les émojis font également partie de ces détournements, destinés à être compris par celles et ceux qui en partagent le code et à tromper la vigilance des algorithmes. Un émoji "carte du monde" devient l’emblème des suprémacistes blancs à l’échelle mondiale, un drapeau suisse peut évoquer le suicide, ou un zèbre la scarification.

L’algo, un langage plus ancien qu’il n’y paraît

Vous l’aurez compris, le parler algo cache souvent la face sombre d’Internet. Mais il peut aussi être utilisé par des activistes qui tentent de contourner des lois jugées injustes. (...)

L’algospeak présente des points communs avec l’argot classique : il est créatif, incompréhensible pour les non-initiés, et permet à celles et ceux qui l’utilisent de s’identifier à un groupe. (...)

Une contre-langue : résister ou dissimuler l’inacceptable ?

Toutefois, la différence majeure de ce "parler algo" réside dans la nature du destinataire exclu. Là où l’argot vise principalement à marquer une appartenance, l’algospeak est orienté vers l’évitement d’un tiers non humain : la machine.

Cette contrainte technique explique sa grande instabilité et son renouvellement rapide, chaque forme pouvant devenir obsolète dès lors qu’elle est identifiée par les algorithmes. (...)