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Marie-Claude Saliceti
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RFI
Italie : référendum très politique sur une réforme de la justice
#Italie #extremedroite #Meloni #justice #referendum
Article mis en ligne le 22 mars 2026

Les Italiens se prononcent par référendum, dimanche 22 et lundi 23 mars 2026, sur une réforme de la justice, jugée essentielle pour garantir l’impartialité des magistrats, selon la Première ministre Giorgia Meloni. Ses opposants dénoncent une tentative de prise de contrôle par le pouvoir politique.

S’attaquer à la magistrature en Italie n’est pas une mince affaire, cela renvoie aux heures les plus sombres du pays. « Ce qui pose problème, c’est que Giorgia Meloni revient sur un système adopté à la Libération, qui marquait la pleine autonomie de la magistrature par rapport à l’État, rappelle Anne Marijen, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université Paris VIII. Sous le fascisme, la justice était aux ordres et au sortir de la guerre, on a mis fin à ce système. »

La réforme de la justice présentée par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni est en apparence technique, mais elle est au fond très politique. Elle imposerait aux procureurs et aux juges, qui font partie de la même corporation de magistrats, d’avoir des parcours séparés, afin de garantir une impartialité de la justice, selon les défenseurs de la réforme. « Un faux problème », selon Anne Marijen puisque, depuis 2022, il n’est possible de changer de fonction qu’une seule fois dans sa carrière.
Risque d’assujettissement au pouvoir politique

La réforme prévoit – par ailleurs – de diviser l’actuel Conseil de la magistrature, qui supervise les carrières des magistrats, en deux instances et en créerait une nouvelle, un organe disciplinaire. Là, c’est la composition de ces instances qui interroge puisque certains magistrats seraient tirés au sort, au lieu d’être élus par leurs pairs, une autre partie serait choisie par le Parlement. « Qui a la majorité au Parlement peut peser sur la composition du Conseil de la magistrature qui lui-même va décider de la nomination des juges. Donc, il y a un risque d’assujettissement » au pouvoir politique. (...)

Une volonté de mise au pas qui ne serait pas étrangère à certaines décisions prises par des magistrats contre la politique du gouvernement Meloni. La justice italienne s’est par exemple opposée en 2024 à la rétention en Albanie de migrants envoyés par l’Italie. En février 2026, un tribunal sicilien a ordonné à l’État italien d’indemniser l’ONG Sea-Watch pour avoir bloqué en 2019 son navire de sauvetage de migrants dans un port, suscitant la colère de la Première ministre. « Pour elle, il est clair que ce sont des magistrats politisés, qui ne font pas leur boulot », indique Giuseppe Bettoni, professeur de sciences politiques à l’université Tor Vergata de Rome.

Tensions historiques entre la justice et la politique italienne (...)

La participation à ce référendum sera aussi déterminante. Les Italiens se déplaceront-ils aux urnes pour une réforme qui ne résoudra pas le problème de fond de la justice aujourd’hui, s’interroge Giuseppe Bettoni, à savoir la lenteur des procédures et le manque de moyens.