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Reporterre
Hervé Berville, l’inquiétant « Monsieur biodiversité » du gouvernement
#biodiversité #mer #chalutage #HervéBanville
Article mis en ligne le 12 février 2024
dernière modification le 10 février 2024

Le secrétaire d’État chargé de la mer a hérité en plus du portefeuille de la biodiversité. Hervé Berville ne s’est pourtant pas illustré comme un défenseur du vivant.

(...) En mars 2023, l’ancien député des Côtes-d’Armor s’est notamment opposé avec véhémence à l’interdiction du chalutage de fond dans les aires marines protégées. Cette technique de pêche, qui consiste à racler le plancher océanique avec de lourds engins tractés, est décrite par la communauté scientifique comme l’une des plus énergivores et néfastes pour la biodiversité marine. Selon Hervé Berville, l’interdire dans les aires marines protégées serait « une folie pour la souveraineté alimentaire de notre pays ».

Le tout nouveau « Monsieur biodiversité » du gouvernement a également réservé d’âpres critiques au Plan d’action pour l’océan de la Commission européenne, destiné à verdir le secteur de la pêche. Ce document — non contraignant — recommande aux États d’étendre la surface de leurs aires marines protégées, d’établir des limites aux prises accidentelles d’espèces vulnérables (comme le dauphin commun dans le golfe de Gascogne), de soutenir la décarbonation des engins de pêche ou encore « d’éliminer progressivement », d’ici 2030, le chalutage de fond dans les aires marines protégées. De quoi « condamner la pêche artisanale française », d’après le secrétaire d’État.

Selon l’association de défense des océans Bloom, ces propos « pyromanes » auraient alimenté la colère des pêcheurs au printemps dernier, cette dernière s’étant soldée par l’incendie des locaux de l’Office français de la biodiversité (OFB) de Brest. Un ressenti partagé par les agents de l’OFB. Une semaine après les faits, ils confiaient à Reporterre souffrir du manque de soutien du gouvernement et de Hervé Berville. (...)

« Une politique du mensonge éhonté »

« Depuis deux ans, il a fait tout l’inverse de ce qu’il devrait faire pour la mer », cingle Swann Bommier, de Bloom, qui déplore « une politique du mensonge éhonté ». (...)

Face aux journalistes et à la militante Camille Étienne, le secrétaire d’État a maintenu mordicus que les navires-usines n’avaient pas le droit de pêcher dans les aires marines protégées. Une affirmation factuellement fausse, au regard du droit français : ces navires ont le droit de pêcher dans ces aires, et sont régulièrement observés en train de le faire.

Swann Bommier regrette également que le secrétaire d’État ne se soit pas levé contre la senne démersale, une technique de pêche destructrice à laquelle seraient pourtant opposés 98 % des pêcheurs, selon un sondage mené par le Comité régional des pêches de Normandie (CRPMEM) et l’Organisation des pêcheurs normands (OPN) auprès de 205 pêcheurs. (...)

Les mesures proposées par Hervé Berville et ses équipes pour réduire les captures de cétacés dans le golfe de Gascogne ont par ailleurs été jugées insuffisantes par les associations environnementales et le Conseil d’État. (...)

Sa seule prise de position un tant soit peu « écolo » : son opposition à l’exploitation minière des fonds marins, qui risque de causer « des dommages irréversibles pour nos écosystèmes marins », rappelait-il lors de la réunion annuelle de l’assemblée de l’Autorité internationale des fonds marins, en juillet 2023.
« Sortir du déni »

En tant que secrétaire d’État chargé de la mer et de la biodiversité, Hervé Berville devra s’atteler, dans les prochains mois, à des dossiers cruciaux (...)