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Club de Mediapart/d’Abu Amir, représentant de l’UJFP à Gaza
Gaza saigne
#israel #palestine #Hamas #Cisjordanie #Gaza
Article mis en ligne le 5 avril 2025

Gaza n’est plus une simple ville, mais un cri ouvert face au silence du monde. Ses maisons détruites racontent les histoires de ceux qui ont vécu et sont morts dans l’ombre. Les décombres portent des noms, des souvenirs et des rêves anéantis. Gaza saigne… et le monde regarde. La situation est catastrophique. Témoignage d’Abu Amir, représentant de l’UJFP à Gaza le 3 avril 2025.

Gaza aujourd’hui n’est pas un champ de bataille, mais un champ d’extermination à ciel ouvert, où des massacres sont commis chaque jour, où des familles sont éradiquées collectivement, sous l’impuissance internationale et un silence troublant. Un peuple est tué sans relâche, piégé dans un coin exigu de la terre, empêché de fuir, enfermé dans la mort.
L’ « émigration volontaire » : un déplacement forcé sous couvert de guerre

Dans l’un des épisodes les plus obscurs et inquiétants depuis le début de l’agression, le ministre israélien de l’Intérieur, Moshe Arbel, est apparu à l’aéroport Ramon le mardi 1er avril, supervisant lui-même ce qui est désormais appelé le « plan Trump d’émigration volontaire ». Ce plan, mené en silence et dans les coulisses, est présenté au monde comme une initiative humanitaire, alors qu’il s’agit en réalité d’un déplacement forcé maquillé par des slogans de volontariat, exploitant le besoin vital de survie.

Ce jour-là, un nouveau groupe de centaines de Palestiniens a quitté la bande de Gaza à bord d’un avion privé à destination de l’Allemagne, accompagné de diplomates allemands. Ce vol n’était pas le premier : le ministre Arbel a révélé qu’une dizaine de vols avaient été organisés ces dernières semaines, transportant des centaines de Palestiniens vers l’Allemagne, la Roumanie et les Émirats arabes unis.

Tout cela se déroule dans une opacité totale, sans aucune implication ni coordination palestinienne officielle. À Gaza, personne ne connaît les détails de ces départ (...)

Et face à ce siège, à la faim et à la mort quotidienne, il serait injuste de blâmer ceux qui tentent de survivre. La situation catastrophique pousse de nombreuses familles à s’accrocher à toute possibilité de sortie, même si cela signifie monter dans un avion vers une destination inconnue, dans un voyage non annoncé, sans adieux ni retour. Ce n’est pas une émigration volontaire, mais un exode silencieux orchestré sous les bombes, justifié par des couloirs “humanitaires” frauduleux.

Explosion humanitaire : Gaza devient incontrôlable

Dans une évolution alarmante, le coordinateur humanitaire des Nations unies a averti d’un effondrement total de la situation dans la bande de Gaza, déclarant que « ce qui se passe à Gaza constitue une violation flagrante du droit international et humanitaire ». Il a indiqué que plus de 200 000 personnes ont fui Rafah et le nord de la bande ces derniers jours, et que près des deux tiers du territoire de Gaza étaient désormais hors de portée de l’aide humanitaire.

Dans les zones sinistrées, aucune aide n’a été livrée depuis plus d’un mois. Les camions sont bloqués aux points de passage, les entrepôts sont vides. Même l’eau potable devient rare, les centres d’hébergement sont surpeuplés à un niveau inhumain (...)

Rafah brûle… Personne n’entend les appels à l’aide. Rafah, dernier refuge pour les déplacés, est en flammes sous les bombardements. Cette ville du sud, qui abritait plus d’un million de personnes, voit à nouveau la majorité de ses habitants devenir des sans-abri. Dans la zone de Khirbet Al-Adas en particulier, des centaines de familles assiégées ont lancé des appels désespérés, sans couloirs sûrs, sans équipes de secours, sans même des ambulances capables d’y accéder.

Les bombardements se poursuivent depuis des heures, les maisons sont rasées jusqu’à leurs fondations. (...)

Même les écoles et les mosquées n’ont pas été épargnées par les frappes. Plus aucune instance onusienne ne peut garantir la moindre protection.

Quand Gaza devient une accusation : le discours incendiaire de Katz

Dans une démonstration politique justifiant moralement l’extermination, le ministre israélien Yisrael Katz a déclaré que l’opération « Épée et Force » était entrée dans une nouvelle phase visant à « anéantir et purifier » la bande de Gaza, confirmant l’intention de l’armée de prendre le contrôle de vastes zones du territoire et de les annexer aux « zones de sécurité ».

Katz a appelé les Palestiniens à « se révolter contre le Hamas », dans un discours qui rend les civils responsables de la guerre, comme s’ils avaient la liberté de décision ou des moyens d’action. Il n’a distingué ni enfant ni femme, ni combattant ni civil, considérant chaque Palestinien comme un ennemi potentiel. Ainsi, les médias israéliens et les responsables extrémistes continuent de dépeindre les habitants de Gaza comme des membres du Hamas, les rendant tous responsables des événements du 7 octobre. Ce discours de propagande vise à légitimer les massacres et à justifier l’injustifiable, dans un silence international complice de cette barbarie.

Jabalia… Le cimetière ouvert des enfants et des déplacés (...)

Plus de traits, plus de visages. Malgré ce massacre, de nombreuses familles croient encore que les installations de l’UNRWA sont sûres. Mais Israël a démontré qu’aucune ligne rouge n’était respectée. Hôpitaux détruits, écoles anéanties, tentes bombardées… Quelle immunité peut-il encore rester ?

La famine frappe… et les enfants meurent en silence (...)

Des familles partagent un seul pain, les malades s’endorment de faim, faute d’analgésiques. Les enfants souffrent de malnutrition aiguë, les nourrissons meurent sans lait. L’eau est contaminée, les médicaments absents, et le pain est devenu un rêve inaccessible.

Malgré tout cela, les consciences du monde restent endormies, et les voix ne s’élèvent que pour des condamnations formelles ou pour défendre « le droit d’Israël à se défendre ».

Gaza n’est plus une simple ville, mais un cri ouvert face au silence du monde. Ses maisons détruites racontent les histoires de ceux qui ont vécu et sont morts dans l’ombre. Les décombres portent des noms, des souvenirs et des rêves anéantis.

À Gaza, les gens sont enterrés sans linceul, les prières sont récitées sur des corps non identifiés, des familles entières disparaissent sans laisser de trace. Alors que les victimes attendent d’être secourues, personne ne vient. Pas de justice, pas de loi, pas d’équité. Seulement un silence mondial troublant, à la hauteur du bruit des explosions.

Gaza saigne… et le monde regarde.

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 (Slate)
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