En France, les plateformes Deliveroo et Uber Eats font l’objet d’une plainte pour « traite d’êtres humains », déposée mercredi 22 avril auprès du parquet de Paris par quatre associations de livreurs. Une démarche inédite qui dénonce des conditions de travail jugées indignes et une précarité extrême.
À l’origine de cette plainte contre Deliveroo et Uber Eats : la Maison des livreurs de Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, ainsi que les associations AMAL et Ciel. Elles accusent les plateformes d’exploiter la situation de travailleurs très vulnérables, en grande majorité immigrés.
Selon les données avancées, la situation est particulièrement difficile : les livreurs travailleraient en moyenne 63 heures par semaine pour un revenu d’environ 1 000 euros nets mensuels, ou 1 480 euros bruts, soit environ 300 euros de moins que le salaire minimum. Un rapport de Médecins du monde publié fin mars évoque également une forte dépendance à l’algorithme des plateformes. (...)
Des conditions de travail dénoncées
Les associations s’appuient sur des témoignages recueillis dans toute la France et sur des données issues d’enquêtes menées depuis plus de deux ans. Plus de 200 livreurs ont ainsi été interrogés dans le cadre de la plainte.
Selon ces organisations, le système imposé aux coursiers est opaque, les contraignant à accepter « n’importe quelles conditions de travail » tout en étant considérés comme « totalement indépendants ». Sur un millier de livreurs interrogés, 98% seraient nés à l’étranger et 64% ne disposeraient pas de titres de séjour. (...)
Un recours à la justice faute d’alternative (...)
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– (Infomigrants)
"On alerte sur les conditions de travail depuis des années" : une plainte pour "trafic d’êtres humains" déposée contre Deliveroo et Uber Eats
"Les plateformes font mine de ne pas comprendre ni de voir la précarité des personnes qui travaillent pour elles. Mais ça fait des années qu’on alerte sur les conditions de travail et qu’un très grand nombre de rapports et d’études ont été réalisés pour pointer du doigt ces pratiques, jusqu’au niveau même de l’ONU", signale Jonathan L’Utile Chevallier.
20 km en vélo pour trois euros net
En France, l’on dénombre entre 70 000 et plus de 100 000 livreurs. D’après une enquête menée en 2025 par Médecins du Monde (MdM) et plusieurs centres de recherche auprès d’un millier de livreurs, 98 % sont nés à l’étranger et 64 % sont sans titre de séjour, donc en situation irrégulière.
Selon cette étude, ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros bruts mensuels. Car sur ces plateformes, "nous sommes payés à la tâche, pas à l’heure", rappelle à InfoMigrants Bilal Diakhate, président du collectif de livreurs Ciel à Paris, qui se dit "très content du dépôt de cette plainte".
"L’application propose de manière incessante des propositions de commandes, sauf qu’une part considérable des courses proposées sont médiocres, avec un niveau de rémunération absolument indigne", accuse Jonathan L’Utile Chevallier. Ce dernier évoque à InfoMigrants des livreurs parcourant par exemple 20 km de vélo à Bordeaux, pour une course à trois euros net. "Si ces plateformes respectaient ces travailleurs et avaient un début de considération pour eux, ils ne proposeraient pas une somme aussi ridicule. Qui accepte ça hormis les personnes vulnérables ?", s’insurge-t-il. (...)
image : Benoît Prieur, CC0, via Wikimedia Commons
Avec cette plainte, les associations espèrent également créer un cadre légal, aujourd’hui inexistant selon elles, et encourager des initiatives similaires à l’étranger. (...)