Le 25 mars, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution déclarant la traite et l’esclavage racialisé des Africains plus grave crime contre l’humanité. Vingt-cinq ans après la loi qu’elle avait portée, Christiane Taubira s’étonne de l’abstention de la France.
Liquidons la part insignifiante de l’événement : les trois votes contre [États-Unis, Israël, Argentine].
Un temps viendra où les peuples de ces pays rompront avec ces Dirigeants qui ne se cachent pas d’être d’extrême-droite et d’en épouser les obsessions idéologiques, la rhétorique démagogique, la brutalité relationnelle, le goût pour la dévastation, la fascination pour les armes et la violence, la xénophobie, l’altérophobie. L’arrogance en prime. Plus que démesure : hors mesure. Au moins, ne font-ils pas semblant. Certes, quels désastres tout ce temps… ! Avec la complicité de ceux qui, comme les autorités françaises, font semblant de ne voir ni savoir ni comprendre. Néanmoins, ces trois votes sont insignifiants, au sens étymologique [1]. La surprise est plutôt qu’il n’y en ait que trois, et seulement ces trois-là.
Quant aux abstentions [la Grande-Bretagne et les pays de l’Union européenne, dont la France], elles comportent la caractéristique d’être composites, chargées de pusillanimité, de duplicité pour certaines, de frayeur cynique pour d’autres. Le vote du Représentant de la France, donc de la France, suinte un peu des trois. Quel recul ! Quelle indigence !
En septembre 2001, la France avait paradé à bon droit au Sommet de l’ONU à Durban en Afrique du Sud, fière de sa loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Il est vrai que le débat sur les réparations avait été esquivé. Il faisait l’objet d’un article de la proposition de loi. Cet article avait pu être maintenu jusqu’au bout des réunions hebdomadaires six mois durant, avant le débat public dans l’hémicycle ; et ce, malgré l’effroi un peu feint et tapageur de quelques historiens, la frousse simulée d’opposants rétifs, le désarroi de haut-fonctionnaires, conjugués à l’épouvante d’héritiers opulents, ceux-là mêmes qui bénéficient encore aujourd’hui des « réparations » octroyées par voie légale à leurs ancêtres esclavagistes. Le sort fatal fut scellé la veille du débat dans l’hémicycle, par une conjonction entre panique de Budgétaires affolés et posture de Députés zélés jouant les altruistes renonçants, sur le dos de cette génération dont le sort est encore scellé par les inégalités, les injustices, les discriminations systémiques, mécaniques ou délibérées.
Ouf, pensèrent-ils alors.
Pourtant, nul ne se débarrassera jamais, ja-mais, du sujet.
Car le crime contre l’humanité n’a ni mesure ni temporalité. Il est absolu. Il n’a nul besoin ni d’épithète ni de superlatif. Il tient à l’expulsion délibérée hors de la famille humaine. (...)
Dans tous les Droits : coutumier, positif, codifié, jurisprudentiel, dans tous les Droits, tout préjudice, délit, crime appelle réparation. C’est un principe juridique universel. (...)