Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Éoliennes en mer : le gouvernement a oublié les oiseaux
#eoliennes #oiseaux #Gouvernement
Article mis en ligne le 4 janvier 2026
dernière modification le 3 janvier 2026

Le gouvernement a défini les zones d’implantation des futurs parcs éoliens du golfe du Lion avant de connaître les zones prisées des oiseaux. Or plusieurs projets chevauchent ces zones sensibles.

C’est l’histoire d’une étude cruciale arrivée — hélas — après la bataille. D’un calendrier dramatiquement désynchronisé entre la recherche scientifique et l’État. De pouvoirs publics pressés au point de naviguer à vue, sans boussole environnementale. Et dont les décisions pourraient se solder par la perte de nombreux oiseaux dans le golfe du Lion, joyeux repère de flamants roses, de puffins yelkouans, d’ibis falcinelles et de crabiers chevelus.

Cette histoire, c’est celle du programme Migralion, restitué publiquement cet automne dans une relative indifférence médiatique et politique. Lancé en 2021, grâce à une enveloppe de 4,2 millions d’euros cofinancée par l’État et les Régions Sud et Occitanie, ce programme avait pour objectif de documenter la manière dont les oiseaux marins et migrateurs fréquentent le golfe du Lion, dans le contexte du développement de l’éolien offshore en Méditerranée.

Un décret gouvernemental avant les résultats de l’enquête (...)

Problème (de taille) : le gouvernement n’a pas attendu ces résultats pour déterminer les zones d’implantation des futurs parc éoliens marins. Elles ont été définies par décret, en octobre 2024, un an à peine avant la publication de Migralion, par Catherine Vautrin et Agnès Pannier-Runacher, alors respectivement ministre du Partenariat avec les territoires et de la Décentralisation et ministre de la Transition écologique.

Résultat : une partie des parcs éoliens chevauchent les zones identifiées par les scientifiques comme étant très fréquentées par les oiseaux. « On a mis la charrue avant les bœufs », tempête Dominique Chevillon, vice-président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). (...)

Le groupe de chercheurs s’était pourtant livré à un impressionnant travail de collecte et d’analyse de données, qui a permis de cartographier finement la présence des oiseaux dans l’espace et le temps. (...)

des radars ornithologiques ont été installés sur la côte, enregistrant 40 000 heures de données…

Elles révèlent que, si les oiseaux marins se concentrent près des côtes lors de leur reproduction, ils étendent leurs ailes bien plus au large hors de cette période, notamment à l’ouest du golfe. Cette zone est également très fréquentée par les oiseaux migrateurs, en particulier durant leurs voyages post-nuptiaux.

« Dans l’imaginaire populaire, les oiseaux partent tout droit vers le Sahara, en volant au-dessus de la mer. En réalité, beaucoup d’espèces prennent le moins de risque possible en longeant les côtes », note Aurélien Besnard, chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive et coordinateur scientifique de Migralion. (...)

La marge de manœuvre pour limiter la casse est désormais très réduite. Les éoliennes des trois fermes pilotes, situées à proximité des côtes — à des endroits où Migralion montre que les oiseaux sont très présents — sont déjà construites. Le parc éolien en mer « Narbonnaise 1 », également situé dans une zone sensible, a été attribué en décembre 2024 à un groupement d’énergéticiens. Les travaux devraient commencer d’ici 2029, pour une mise en service en 2032. Les résultats de Migralion « ne remettent pas en cause la planification retenue par l’État à dix ans », écrit le ministère de la Transition écologique à Reporterre, en précisant toutefois qu’ils « fournissent des éléments importants qui devront être pris en compte lors du développement des projets ».

Seul un des parcs situés dans un endroit à risque pourrait éventuellement être rediscuté, signale Simon Fégné, chargé de projet Eau, mer et littoral à France Nature Environnement (FNE) Occitanie-Méditerranée. Il s’agit du parc « Golfe du Lion Ouest », désigné zone prioritaire pour le développement de l’éolien en mer à horizon 2050 (...)

Des dégâts potentiels « non négligeables »

Migralion n’estime pas les dégâts potentiels de ces parcs éoliens. On peut s’attendre à ce qu’ils soient « non négligeables », selon Simon Fégné. Son inquiétude est d’autant plus forte que le rapport montre que plus de la moitié (51 %) des vols des oiseaux migrateurs ont lieu à moins de 300 mètres, c’est-à-dire à hauteur des pales. Seulement 13 % sont réalisés à moins de 20 mètres d’altitude.

Le placement irréfléchi de ces parcs pourrait fragiliser un peu plus un écosystème déjà meurtri. Une récente étude menée par l’institut de recherches de la Tour du Valat montre que la Méditerranée agonise : en trente ans seulement, l’abondance des espèces marines a décliné de 52 %. (...)

Le problème n’est pas l’éolien en soi, nécessaire pour protéger humains et non-humains du changement climatique, tient à préciser Simon Fégné. « On est favorables aux énergies renouvelables, abonde Dominique Chevillon. Mais pas dans les lieux sensibles. »

Ailleurs en Europe — notamment en Allemagne —, la biodiversité est prise en compte « en amont » dans la localisation des parcs éoliens marins, observe le Conseil national de la protection de la nature (CNPN). En France, le gouvernement a fait ses choix « en prenant en compte tous les éléments socio-économiques [comme par exemple la distance à la côte, qui influe sur le coût des parcs], mais pas les éléments environnementaux. C’est une variable d’ajustement », regrette Simon Fégné. (...)

FNE Occitanie-Méditerranée dit vouloir travailler avec les porteurs de projet, afin de limiter, autant que faire se peut, les impacts de leurs parcs. « Mais c’est du micro-évitement », regrette Simon Fégné. La LPO songe quant à elle à lancer un contentieux contre l’État.