Après 33 jours de mobilisations, des centaines de militants autochtones ont mis fin à un projet de privatisation de voies navigables au Brésil qui aurait bénéficié au géant du négoce états-unien Cargill. On vous raconte cette belle victoire.
« Cela fait 33 jours de résistance, et aujourd’hui nous sortons victorieux de ce combat avec la grande nouvelle : le décret 12.600/2025 a été abrogé. » C’est ainsi que le Conseil indigène Tapajós Arapiuns (Cita) a salué sur les réseaux sociaux, le 23 février, l’abrogation par le gouvernement brésilien d’un décret synonyme de privatisation des fleuves d’Amazonie.
Cette victoire « est le résultat de la force collective des peuples autochtones, des rivières et des communautés traditionnelles qui n’ont pas reculé face aux menaces qui pèsent sur nos territoires et nos eaux. Nos rivières ne sont pas une marchandise : elles sont la vie, la culture et l’avenir », ont déclaré les militants à Santarém, ville au cœur de l’Amazonie brésilienne, au confluent du fleuve Amazone et de l’immense rivière Rio Tapajós. (...)
Une grande partie du soja et du maïs cultivés au Brésil transitent par l’usine Cargill de Santarém, avant d’être transportés sur des navires pour l’exportation vers l’estuaire de l’Amazone, puis l’Amérique du Nord, l’Europe ou l’Asie. La construction de ports agro-industriels à Santarém aurait ouvert la voie à l’intensification de la déforestation et à un risque de pollutions majeures des rivières et fleuves environnants, comme cela se passe en aval. C’est précisément le site de Santarém qu’ont ciblé les militants autochtones.
Occupation pacifique d’un lieu stratégique
Ces fleuves sont des lieux de vie ancestraux pour des dizaines de milliers de personnes qui redoutent la privatisation, mais aussi l’appauvrissement de la qualité de l’eau, voire sa pollution. (...)
« La manifestation a été déclenchée par le projet du gouvernement de confier des travaux de dragage à des entreprises spécialisées le long du tronçon Santarém-Itaituba du fleuve Tapajós, à proximité de sites archéologiques et de lieux sacrés pour le peuple Munduruku », précise Amazon Watch. Les manifestations menées par les autochtones débutent un mois plus tard, le 22 janvier, au terminal céréalier de Cargill à Santarém, un lieu stratégique pour les acteurs de l’agronégoce.
L’occupation se veut pacifique et se décline d’abord par des blocages à l’entrée et à la sortie des camions du terminal. Au bout de quinze jours de manifestations, le gouvernement annonce, le 6 février, la suspension de l’appel d’offres pour le dragage du fleuve Tapajos « face à la mobilisation des peuples indigènes et [...] en signe de dialogue ».
La mesure est jugée insuffisante par les mouvements, qui n’y voient qu’un répit temporaire, alors même qu’ils réclament l’annulation définitive du décret. (...)
Au fil des jours, d’autres modes d’action prennent le relais. « La semaine dernière, des militants autochtones ont intercepté et pris d’assaut une barge céréalière se dirigeant vers le port. Cette semaine, ils ont lancé une action par voie maritime contre le terminal de Cargill, qu’ils ont occupé pendant plusieurs jours, perturbant ainsi les activités de l’entreprise américaine », relate le quotidien britannique The Guardian.
Un tournant s’opère le 21 février. Affirmant réagir à un ordre judiciaire qui vise à les déloger, les occupants pénètrent dans les locaux de Cargill et occupent les bureaux où se trouvent les systèmes de surveillance. « Tant que le décret n’est pas abrogé, nous restons ici », déclare Alessandra Korap le soir même à l’AFP. Dans un communiqué, Cargill indique l’interruption des activités du terminal, évoquant des « épisodes violents découlant d’un différend en cours entre les autorités gouvernementales (brésiliennes) et les communautés autochtones ». (...)
Deux jours plus tard, Guilherme Boulos, chef du secrétariat de la présidence brésilienne, annonce l’abrogation du décret. (...)