L’association Utopia 56 a dénoncé début mars, la saisie par le département du Nord des téléphones des mineurs non accompagnés qui demandent un hébergement. Elle affirme que de très nombreux jeunes exilés préfèrent désormais rester à la rue plutôt que d’être privé de leur téléphone. Le département, lui, estime la mesure nécessaire à la protection de jeunes qui ne souhaitent pas rester en France.
(...) Selon l’association, les téléphones des MNA sont saisis au moment de leur mise à l’abri au moins depuis le mois de juin 2025. "C’est parti de plusieurs témoignages de jeunes qu’on a reçus depuis cet été", explique à InfoMigrants Salomé Bahri, coordinatrice de l’antenne de Grande-Synthe de l’association. "Pour toutes les personnes pour qui on demandait des mises à l’abri, on constatait que les jeunes devaient donner leur téléphone avant de monter dans la voiture ou en arrivant dans le foyer", détaille-t-elle.
Interrogé par InfoMigrants, le département confirme cette pratique, précisant que "le retrait des téléphones portables ne concerne que les jeunes du littoral [soit 20 % des mises à l’abri] qui disent ne pas souhaiter intégrer les dispositifs de protection de l’enfance mais souhaitent partir en Angleterre".
Le département avance plusieurs raisons pour justifier ce choix. L’objectif serait, en premier lieu, de protéger les jeunes des passeurs, "qui ne touchent l’argent qu’une fois le jeune en Angleterre". Cela devrait également "leur permettre d’être réceptifs aux échanges sur l’intérêt de rester en France". Enfin, il s’agirait encore de "protéger les autres jeunes qui subissent parfois les pressions".
"Refus d’être hébergés"
Mais, pour Utopia 56, la mesure a poussé de nombreux jeunes à se détourner de cette solution d’hébergement, même temporaire. L’association affirme avoir informé les jeunes sur ces retraits de téléphones. Selon elle, ces informations ont donné lieu "à beaucoup de refus d’être hébergés de la part des jeunes". (...)
"Garder un lien avec la famille restée au pays"
Pourtant les témoignages de migrants, de chercheurs et de membres d’associations sur l’importance du téléphone portable pour les exilés sont nombreux. Pour les personnes à la rue, un téléphone est un bien précieux. "Cela leur permet de garder un lien avec leurs familles restées au pays, de se distraire, mais aussi de s’informer", souligne Salomé Bahri. (...)
En particulier dans le nord de la France où les exilés sont régulièrement chassés de leur lieu de vie informel par les forces de l’ordre, et disséminés dans toute la région. Un quotidien précaire qui rend difficile leur accès aux associations ou aux distributions de nourriture. Le téléphone sert ainsi à créer un lien entre les migrants et les humanitaires, et permet à cette population de trouver des lieux pour subvenir à ses besoins essentiels. (...)
France Terre d’Asile (FTDA) gère plusieurs structures d’hébergement pour mineurs non accompagnés dans le Pas-de-Calais. Pour Serge Durand, chargé de la protection des mineurs étrangers pour FTDA, "il est essentiel que les jeunes aient un téléphone". "En premier accueil, nous leur demandons s’ils souhaitent qu’on appelle leurs parents pour dire qu’ils dont arrivés", explique-t-il.
Pour le responsable, c’est le rôle des équipes de maraude de proposer un hébergement aux jeunes mais aussi "d’évoquer la protection de l’enfance", "de parler de traite" ou encore "d’extraire les jeunes de groupes d’adultes où on sait qu’ils peuvent subir des pressions".
Enfin, le téléphone portable est également indispensable pour réaliser des démarches administratives en France ou prévenir les secours en cas de danger lors des traversées de la Manche. (...)