
En fin de semaine dernière, les vallées de l’Oisans et des Écrins ont été touchées par des crues aux conséquences catastrophiques. Après la stupeur devant les images du hameau mythique de la Bérarde dévasté, vient désormais le temps des interrogations, nombreuses et vertigineuses.
La Bérarde, cœur battu de l’Oisans
Passerelles emportées, routes endommagées, campings et refuges évacués, hameaux et villages inondés, coupés du monde voire dévastés... Dans la vallée du Vénéon, mais aussi dans la Vallouise, le Valbonnais, le Valgaudemar, le Champsaur ou la Guisane... partout dans les Écrins, les torrents en crue ont occasionné de gros dégâts, plaçant ces territoires de montagne dans une situation d’urgence et de détresse. (...)
En Oisans, le torrent des Étançons a gonflé à tel point que la Bérarde est méconnaissable, les bâtisses ancestrales du hameau ayant été emportées par les eaux et tout ce qu’elles ont charrié.
Grâce au travail des secours héliportés, aucune victime n’est à déplorer, malgré des situations parfois désespérées. Tous les habitants et touristes présents dans les vallées concernées ont heureusement pu être extraits de la catastrophe à temps et pris en charge. Mais c’est peu dire que l’émotion est vive parmi les amoureux de ce haut lieu de l’alpinisme en France. Une cagnotte a d’ailleurs été initiée en solidarité avec les habitants de Saint-Christophe-en-Oisans, récoltant plus de 30 000 € en trois jours.
Crise accélérée
Maintenant que les habitants sont en sécurité et les routes fermées, l’heure est à l’état des lieux des dégâts et au décryptage du phénomène. La combinaison de précipitations diluviennes (le cumul de pluie enregistré sur 24 heures a dépassé les 100 mm par endroits) et de la fonte nivale (alors que l’épaisseur du manteau est très importante cette saison) expliquent en partie le caractère exceptionnel de l’épisode. Mais d’après le prévisionniste Gaétan Heymes, « [ce] n’est probablement pas suffisant pour expliquer à lui seul l’ampleur de la catastrophe ». La vidange brutale de lac glaciaire formé par la fonte du glacier de Bonne Pierre est susceptible d’expliquer l’ampleur de la crue du torrent des Étançons qui a détruit la Bérarde. (...)
Géophysicien spécialiste des risques naturels, Éric Larose soutient que « nous sommes probablement entrés dans une période de crise érosive » avec une « augmentation de la fréquence et de l’intensité du transport des sédiments de toute taille de l’amont vers l’aval » et des conséquences du réchauffement climatique qui « touchent progressivement la moyenne montagne et les vallées », au-delà de la disparition des glaciers et du permafrost en haute montagne.
La reconstruction en question (...)