Le Parlement israélien a adopté lundi 30 mars une loi instaurant « la peine de mort pour les terroristes », taillée sur mesure pour ne s’appliquer qu’aux Palestiniens reconnus coupables d’attaques anti-israéliennes meurtrières. L’Autorité palestinienne a dénoncé la « légitimation des exécutions extrajudiciaires » et a appelé à une journée de grève générale.
À Bethléem, la place de la Mangeoire devant l’église de la Nativité est vide. Les restaurants et magasins sont fermés. Partout, il n’y a que des rideaux de fer baissés. Une forme de protestation contre la loi votée par le Parlement israélien et qui autorise la peine de mort.
Le texte vise les Palestiniens, choqués par une image que décrit Ahlam al-Wahesh : « Le monde entier a vu Ben-Gvir se vanter d’avoir voté la loi d’un gouvernement fasciste tout en buvant du champagne, il portait un toast au sang du peuple palestinien. » (...)
L’appel à la grève générale a été très suivi dans toutes les villes de Cisjordanie occupée.
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– (Club de Mediapart/Marie Bardiaux-Vaïente, Doctrice en histoire contemporaine et politique, scénariste de bande dessinée et autrice, militante pour l’abolition universelle de la peine de mort)
À propos d’une loi inique, raciste et rétrograde : pour l’abolition universelle de la peine de mort
(...) Une loi rétrograde, inique, raciste, immorale, inconstitutionnelle, a été adoptée par la Knesset. Cette loi va à l’encontre de tout ce que le judaïsme préconise depuis ses origines, et par ailleurs de tout ce qui représente le progrès de l’humanité, soit l’abolition de la peine de mort. Je parle ici comme historienne spécialiste de la peine de mort, mais aussi comme activiste contre l’antisémitisme et militante antiraciste ; comme défenseuse des droits humains. (...)
En 1978, Jacob Kaplan, Grand Rabbin de France, condamne la peine de mort dans un article du journal Le Monde.
De même, le 30 mars 1979, devant le Comité d’étude parlementaire sur la peine de mort réuni sous la présidence du député Pierre Bas, Joseph Kaplan rappelle que le respect de la vie et de la dignité humaine est proclamé dès les premières pages de la Bible, puisque « l’Homme a été créé à l’image de Dieu » : « Le Grand Rabbin de France souligne que depuis vingt siècles, la conscience juive a condamné la peine de mort, faisant remarquer que si la peine capitale figure dans les textes bibliques, les rabbins, dès le début de notre ère, se sont efforcés de la rendre inapplicable, cherchant, par la critique des témoignages, toutes les raisons possibles pour l’écarter. Il n’en demeure pas moins, a ajouté Monsieur Kaplan devant les Parlementaires, que la société a besoin d’être protégée contre les criminels. Mais si elle a le devoir de punir les coupables, elle a également l’obligation de préserver les innocents de l’erreur judiciaire. » Agence télégraphique juive, bulletin quotidien d’informations, 30 mars 1979.
Dans l’ouvrage de Jean Toulat, "La Peine de mort en question" publié en 1977, on trouve un passage sur la conception du judaïsme vis à vis de la peine de mort :
« Notre position sur la peine capitale […] est un grand aspect de notre conception du respect de la vie humaine, qui doit être absolu. C’est Dieu qui donne la vie. Aucune autorité humaine ne peut se permettre d’en disposer. »
Dès le Ier siècle, la question de la peine de mort s’est posée dans le judaïsme. La peine de mort existe dans la Bible. Les rabbins du Talmud ont tendu à la rendre inapplicable. (...)
L’État d’Israël est abolitionniste pour les crimes ordinaires (dits de droit commun) depuis 1954. Depuis la proclamation de l’État d’Israël en 1948, la peine de mort a été appliquée 2 fois : en 1948 contre Meir Tobiansky, un officier de l’armée israélienne, accusé de trahison fusillé cette année-là mais réhabilité par la suite, et la très célèbre et médiatique application de la peine capitale en 1962, lorsqu’Adolph Eichmann est exécuté sur la base de la loi de 1950 sur la peine de mort pour les nazis et pour les collaborateurs de nazis.
Cf. à ce propos notre ouvrage : L’enfer est vide, tous les démons sont ici (Malo Kerfriden au dessin)
Les cinq autres délits capitaux relevant du droit militaire comprennent une sentence discrétionnaire, et sont le génocide, l’homicide de personnes persécutées commis pendant le régime nazi, les actes de trahison sur la base de la loi militaire et de la loi pénale commis en temps d’hostilité, l’emploi et le port illégal d’armes.
L’extradition vers Israël n’a vu de condamnation à mort que dans des cas exceptionnels, comme pour Ivan Demjanjuk, un citoyen ukrainien extradé par les États-Unis et condamné à mort en 1988 par un tribunal spécial à Jérusalem, parce que reconnu par quelques survivants comme étant « Ivan le Terrible », un garde nazi du camp de concentration de Treblinka en Pologne.
La décision a été annulée en 1993 par la Cour suprême après qu’il a été prouvé qu’il y avait eu confusion sur la personne. Israël a ratifié : le Pacte international sur les droits civils et politiques en 1991 ; la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1991 ; la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants en 1991 et signé le Statut de la Cour Pénale Internationale, qui interdit le recours à la peine de mort, en 2000.
Israël a voté en faveur de la Résolution des Nations unies, du 18 décembre 2008, pour un moratoire mondial sur les exécutions.
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Hier, alors que nous étions nombreuses et nombreux à suivre les derniers déploiements de ce qui se tramait depuis plusieurs mois face à une loi qui va à l’encontre de tout ce que le judaïsme préconise depuis ses origines, et par ailleurs de tout ce qui représente le progrès de l’humanité, soit l’abolition de la peine de mort, hier, alors que nous fêtions les 98 ans de la naissance de Robert Badinter, la Knesset a adopté en 3e lecture, par 62 voix contre 48, une loi rétrograde, inique, raciste, immorale, inconstitutionnelle et qui contrevient aux traités internationaux signés par Israël.
Il n’est pas acceptable de valider cette loi particulièrement délétère, il n’est pas acceptable de penser qu’elle pourrait être juste et justifiée.
Il est nécessaire de la réprouver pour ce qu’elle est : la seule loi sur la peine de mort au monde qui utilise le critère de l’origine ethnique/la nationalité/l’appartenance à un peuple, une loi qui discrimine de facto, une loi d’apartheid face à la justice et à l’assassinat légal, pour décider à qui elle s’appliquerait ou non.
Il n’est pas possible d’accepter la décision prise hier à la Knesset. (...)
Tollé international après le vote par le Parlement israélien d’une loi qui instaure la peine de mort pour les Palestiniens reconnus coupables d’attaques anti-israéliennes meurtrières. À l’initiative de l’extrême droite israélienne, cette loi vise clairement les Palestiniens alors que le gouvernement de Benyamin Netanyahu laisse prospérer la violence des colons en Cisjordanie occupée. Un poids deux mesures dénoncé par les Palestiniens et quelques Israéliens.
Le vocabulaire n’est pas anodin. Face à la violence grandissante des colons israéliens contre les Palestiniens de Cisjordanie occupée, la ministre des Affaires étrangères palestinienne, Varsen Agabekian Shahin est catégorique : « Ce n’est pas de la violence, c’est du terrorisme. Si nous faisions une fraction seulement de ce que les colons font dans les territoires palestiniens occupés, nous serions traités de terroristes », assure-t-elle. (...)
Un système de discrimination institutionnalisé
Une minorité qui dénonce aussi la nouvelle loi contre le terrorisme votée lundi par la Knesset. Un texte qui dans les faits ne ciblera que les Palestiniens reconnus coupables de violences en les exposant à la mort par pendaison. Pour l’Autorité palestinienne et les défenseurs des droits de l’homme c’est la preuve d’un système de discrimination institutionnalisé. « Sous le prétexte de la sécurité d’Israël, notre insécurité a été normalisée pendant des décennies, affirme encore la ministre des Affaires étrangères. La définition même de la violence est différente que l’on soit israélien ou palestinien ». (...)