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Afrique XXI
Au Parlement européen, l’alliance de l’Afrique homophobe et du fascisme mondial
#ParlementEuropeen #Afrique #homophobie #fascisme
Article mis en ligne le 17 février 2026
dernière modification le 14 février 2026

Dans sa quête de dédiabolisation, le Front national (devenu le Rassemblement national, RN, en 2018) tente depuis longtemps de créer des ponts avec le continent africain, en particulier les anciennes colonies françaises. Nous racontions dans notre dossier « Peste brune et continent noir » les tentatives souvent avortées des Le Pen (Jean-Marie puis Marine) d’organiser une « tournée africaine ». Nous décortiquions quelques-unes des relations du parti d’extrême droite avec des personnalités du continent

Nous nous interrogions aussi sur les proximités idéologiques entre le parti d’extrême droite et certaines élites africaines. Des thèses défendues par les néopanafricanistes (ou néosouverainistes) sont tout à fait compatibles avec celles du RN. C’est le cas par exemple de l’« ethno-différentialisme » (...)

D’autres sujets, comme la préférence nationale et la souveraineté monétaire (retrait de l’euro d’un côté et abolition du franc CFA de l’autre), rapprochent le RN de personnalités africaines. L’homophobie en est un autre : malgré les efforts déployés par le parti pour faire croire qu’il n’a rien d’homophobe, sa proximité avec des groupes anti-LGBTQIA+ le rappelle, comme récemment au Parlement européen. (...)

Les 2 et 3 février, au sein du Parlement européen, le 7e Transatlantic Summit a réuni de nombreux profils controversés ayant des connexions jusqu’en Afrique. Ce sommet, dont la thématique tournait autour de la liberté d’expression, a été organisé par Political Network for Values, « une plateforme ultraconservatrice qui relie des politiciens et des militants d’extrême droite d’Europe, d’Amérique latine, des États-Unis et d’Afrique », explique un article paru dans Open Democracy en 2023. Parmi les coorganisateurs, le groupe d’extrême droite Patriots for Europe, présidé par Jordan Bardella, le président du RN, et le groupe European Conservatives and Reformists, dont Marion Maréchal (la nièce de Marine Le Pen) est membre.

Parmi les sponsors de l’évènement, on trouve The Heritage Foundation : ce lobby extrêmement puissant est à l’origine du « 2025 Project », 1 000 pages dont Trump s’est inspiré pour sa politique. La présence de cet organisme au sein de l’Union européenne n’est pas un hasard mais bien le fruit d’une stratégie (...)

Alignée sur l’idéologie de The Heritage Foundation, l’organisation Family Watch International était aussi de la partie, avec la présence de sa responsable, Sharon Slater, bien connue des milieux chrétiens conservateurs et des cercles homophobes, notamment en Afrique, et particulièrement en Ouganda, où elle est soupçonnée d’avoir joué un rôle discret dans l’écriture de la dernière loi criminalisant l’homosexualité. (...)

Elle entend « protéger [les] enfants [ougandais] forcés de s’adonner à des activités homosexuelles ». Pour elle, son « point de vue » est une « vérité » qu’il faut défendre contre la « désinformation ». Elle accuse même l’Union européenne de financer « un programme pour fournir des moyens de contraception à des fillettes âgées de 10 à 13 ans », reprenant là une thèse complotiste répandue sur le continent selon laquelle l’Occident veut stériliser les Africain·es...

La présence de ces personnalités montre que l’Afrique est soluble dans une alliance mondiale des extrêmes droites. Sur le continent, des leaders d’opinion soutiennent des organisations politiques ouvertement racistes et impérialistes, ce qui semble a priori antinomique – et ce qui devrait l’être. Ils le font pour faire avancer leur propre agenda (contre l’homosexualité, l’IVG, etc.) et pour gratter quelques financements au passage. Le sort de leurs compatriotes, traqué·es par les milices ICE aux États-Unis et par les polices européennes gangrenées par l’extrême droite, leur importe peu.