Mardi 14 avril, le tribunal administratif de Montreuil a confirmé la suspension de l’arrêté anti-expulsion pris par Bally Bagayoko à Saint-Denis, après un référé en urgence de la préfecture. Face à un État au service de la gentrification et du patronat, c’est par la mobilisation par en bas que nous pourrons imposer nos revendications.
Le 1er avril, Bally Bagayoko annonçait avoir pris un arrêté « anti-expulsion ». Signé par le nouveau maire dès la fin de la trêve hivernale, cet arrêté visait à interdire les expulsions locatives lorsqu’aucune solution de relogement n’était proposée aux habitants, et ce jusqu’au début de la prochaine trêve hivernale le 31 octobre. L’insoumis présentait alors la mesure comme « un socle essentiel pour renforcer la protection des ménages les plus vulnérables et apporter une première réponse à la crise du logement qui touche notre territoire ». L’arrêté était ainsi une mesure d’urgence minimale, destinée à protéger les personnes les plus vulnérables.
Une mesure qui n’a pas plus au préfet de Seine-Saint-Denis, qui dès le 3 avril s’est empressé d’annoncer le déféremment au tribunal administratif de l’arrêté. Un peu plus d’une semaine plus tard, ce mardi 14 avril, le tribunal administratif de Montreuil a annoncé la suspension de l’arrêté, ajoutant que « le maire n’est pas compétent pour s’opposer à l’exécution d’expulsions » et exprimant « un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté ». (...)
Que ce soit sur le droit des étrangers, la répression des mouvements sociaux (réquisitions de travailleurs, police), ou bien ici donc, dans le cas du logement, les préfets jouent un rôle clé dans l’application des politiques austéritaires, racistes et anti-travailleurs décidées par le gouvernement et tuent dans l’œuf toute mesure progressiste, même minimale, comme cet arrêté anti-expulsion. (...)
De fait, la crise du logement à Saint-Denis est catastrophique : 20% des logements sont insalubres, jusqu’à 40% en centre-ville, environ 23% des logements sont suroccupés, le tout alors que les loyers et les charges locatives augmentent constamment et frappent de plein fouet l’une des villes les plus pauvres de France, où un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté. Alors que les expulsions ont augmenté de 29% entre 2023 et 2024 à travers le pays, Saint-Denis n’est pas en reste. (...)
Dès lors, face à la décision du tribunal et à l’attitude de la préfecture, la question posée est de savoir comment s’organiser pour aller jusqu’au bout de l’imposition de mesures qui bénéficient d’un très large soutien populaire. L’exemple de l’arrêté anti-expulsions montre que, sans rapport de forces, ces leviers institutionnels, déjà très limités, sont impuissants. (...)
la ville de Saint-Denis a déjà connu des mobilisations importantes pour le droit au logement (...)
Pour prendre à bras le corps le problème du mal-logement et du sans-abrisme à Saint-Denis, il faudra donc s’attaquer directement aux intérêts des grands propriétaires qui s’engraissent sur le dos de leurs locataires et n’hésitent pas à les jeter à la rue avec l’appui de la préfecture. (...)