Omar Abu Rajab a mis ses affaires dans des sacs poubelles noirs. Quelques jours plus tôt, alors que cet homme de 60 ans pleurait la perte récente de sa mère, des représentants de la municipalité de Jérusalem avaient frappé à sa porte pour lui remettre un ordre de démolition concernant le petit appartement qu’il partage avec sa femme à Al-Bustan — un secteur du quartier de Silwan, dans Jérusalem-Est occupée, qui est actuellement au cœur d’une campagne d’expulsion israélienne qui s’intensifie rapidement.
Face à l’ordre de démolition et à la perspective d’une amende de plusieurs milliers de dollars pour les frais occasionnés par la démolition de sa maison par la municipalité, il a choisi de ne pas attendre les bulldozers. Il a préféré opter pour la solution la moins coûteuse : démolir lui-même sa maison.
La municipalité de Jérusalem affirme que des habitations comme celle d’Abu Rajab ont été construites illégalement, sans les permis nécessaires. « Il n’y a pas de permis », a déclaré Abu Rajab au magazine +972, expliquant qu’Israël rend pratiquement impossible pour les Palestiniens de Jérusalem-Est d’obtenir les autorisations nécessaires pour construire légalement. (...)
Les habitations d’Al-Bustan sont depuis longtemps vouées à la démolition dans le cadre de projets municipaux visant à remplacer ce quartier résidentiel par un parc à thème biblique. Mais après une bataille juridique qui a duré deux décennies, les autorités israéliennes ont intensifié leurs efforts pour expulser les Palestiniens de la zone, dans le contexte de la guerre à Gaza.
Cette pression s’est encore intensifiée ces dernières semaines, la police ayant mené des raids dans le quartier en collaboration avec des représentants de la municipalité pour remettre une vague d’ordonnances avertissant les habitants qu’ils devaient démolir eux-mêmes leurs maisons ou en supporter les coûts. L’ensemble du quartier d’Al-Bustan — qui compte 115 maisons et environ 1 500 habitants — est désormais menacé de démolition.. (...)
Selon Ir Amim, le projet de parc à thème à Al-Bustan s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large visant à renforcer le contrôle israélien sur la vieille ville de Jérusalem et les quartiers environnants (collectivement appelés le « bassin de la vieille ville ») par le développement d’attractions touristiques et de parcs nationaux, y compris sur des terrains appartenant à l’Église, comme le mont des Oliviers.
Situé juste au sud de la vieille ville, Al-Bustan est proche d’un autre quartier de Silwan, connu sous le nom de Batan Al-Hawa, qui fait face à une campagne d’expulsion similaire menée par des organisations de colons israéliens. (...)
« Depuis le 7 octobre, soit la communauté internationale s’en moque, soit elle concentre son attention sur Gaza. En fin de compte, la communauté internationale n’empêche pas le gouvernement israélien d’agir. » (...)
Abu Diab s’oppose aux autodémolitions, qui, selon lui, « doublent les souffrances » des Palestiniens. « C’est une sorte de guerre psychologique menée contre les familles. Nous devenons l’instrument par lequel la municipalité met ses plans à exécution. Ils ne veulent pas que le monde les voie détruire nos maisons. En le faisant nous-mêmes, nous les aidons. » (...)
credit image : Dan Hadani / Dan Hadani collection / National Library of Israel / The Pritzker Family National Photography Collection, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons