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« Veiller sur mes parents » : faire payer la relation humaine rend les facteurs mal à l’aise
Article mis en ligne le 22 juillet 2017
dernière modification le 21 juillet 2017

La Poste a lancé le service « Veiller sur mes parents » le 22 mai 2017 à grand renfort de publicité. Elle propose un ou plusieurs passages par semaine du facteur au domicile de personnes âgées, suivi d’un compte rendu de la visite par le biais d’une application sur smartphone. Un service payant pour se positionner sur le marché du vieillissement de la population, alors que les politiques publiques tardent à répondre à cet enjeu démographique.

(...) Une réponse au vieillissement de la population et à la crainte d’un remake de l’hécatombe de la canicule de 2003, pour cette offre proposée juste avant l’été ?

Les mots utilisés par La Poste pour promouvoir son service peuvent le laisser imaginer. Veiller, maintien à domicile, visites, rompre l’isolement, rassurer, bien-être... tout le vocabulaire utilisé renvoie à la notion de prendre soin. La prise en charge de ce service par une entreprise publique renforce cette perception pour les usagers. Le groupe La Poste se défend cependant de toute ambiguïté : « Le facteur est là pour passer un moment de convivialité, de discussion et d’échange. On n’est pas du tout dans le domaine médical. »

Marchandisation de la relation sociale

En plus de la télé-assistance, ce qui est vendu, c’est une courte présence humaine lors du passage du postier. (...)

D’ici une décennie, la France subira un choc démographique. À ce moment-là, en 2027, « un tiers de la population aura plus de 65 ans ». Les politiques publiques n’ont pas suivi, laissant le champ libre au secteur privé. Gilles Berrut voit La Poste comme un acteur important pour l’avenir et analyse le service proposé aujourd’hui par l’opérateur public comme une première phase présentant de nombreuses imperfections. Une bienveillance qui n’est pas partagée par les internautes sur les réseaux sociaux, où le Poste-bashing fait rage depuis le lancement de « Veiller sur mes parents ». Peut-être une des raisons de la faible réussite du nouveau service. La Poste n’avait enregistré qu’un millier de contrats au 11 juillet, dont les deux tiers pour une visite unique par semaine.

Des facteurs peu convaincus

Qu’en pensent les facteurs chargés de fournir ce service ? Un contrat Veiller sur mes parents a été signé sur les tournées de Mathieu, Alice et Marion (les prénoms ont été modifiés) au début de l’été. « La publicité est totalement fausse », s’exclame Marion. L’image, dans la campagne promotionnelle, du facteur assis, buvant le café et prenant le temps de discuter ne correspond pas à sa réalité.

« Je lui demande comment cela va. Si elle me dit qu’elle va bien, je coche rien à signaler sur l’application, je la fais signer et je continue la tournée ». Pas de café, pas de temps pris pour discuter. L’opération dure moins de cinq minutes. Les nombreuses suppressions de tournée et réorganisations dans les bureaux de distribution ont fait la chasse aux temps morts. (...)