La crise européenne des réfugiés disparaît peu à peu de la Une des médias, mais selon les derniers chiffres fournis par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de migrants arrivés par la mer en Grèce a augmenté, passant d’environ 4 500 par jour à la fin du mois de septembre à 7 000 par jour la semaine dernière.
L’île grecque de Lesbos a reçu 220 000 personnes depuis le début de l’année, soit 40 pour cent des 575 000 réfugiés et migrants qui ont atteint l’Europe en 2015.
(...) Ce texte aborde quelques-uns des mythes les plus répandus et révèle la vérité sur les réfugiés.
Mythe #1 : tous les réfugiés qui arrivent en Grèce viennent de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan
Si la majorité des migrants qui arrivent en Grèce sont originaires de Syrie et d’Afghanistan, il y a aussi beaucoup de Palestiniens (qui vivaient en Syrie), de Pakistanais, d’Algériens, de Marocains, de Yéménites et un nombre moins élevé de Soudanais, de Somaliens, de Camerounais, de Nigérians, de Sri-Lankais et de Bangladais. Conscients que la priorité est souvent donnée aux Syriens, bon nombre d’arabophones essayent de se faire passer pour des réfugiés syriens ; c’est le cas de nombreux Irakiens. (...)
Mythe #2 : si on augmentait l’aide humanitaire apportée aux pays voisins de la Syrie, le nombre de Syriens arrivant en Grèce diminuerait
L’idée selon laquelle une augmentation de l’aide humanitaire contribuera à maintenir les Syriens dans la région s’inscrit dans une logique pratique pour les pays comme le Royaume Uni, qui préfèrerait augmenter le montant de ses contributions pour l’aide humanitaire plutôt que d’accueillir un nombre plus important de réfugiés, et pour les organisations d’aide humanitaire qui tentent de financer leurs interventions au Moyen-Orient, mais elle est fausse à plusieurs titres. Tout d’abord, les Syriens réfugiés en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Irak qui dépendent de l’aide humanitaire internationale sont les plus pauvres. Ensuite, la majorité des nouveaux arrivants indiquent qu’ils ont quitté la Syrie et l’Irak il y a moins d’un mois, après avoir vendu toutes leurs possessions ou avoir reçu de l’argent envoyé par de la famille installée à l’étranger. La majorité des migrants qui arrivent en Grèce appartiennent à la classe moyenne et sont venus directement de Syrie.
Mythe #3 : tous les Syriens et tous les Irakiens fuient l’EIIL (prétendu Etat islamique)
Les Syriens fuient les combats qui font rage à travers tout le pays, et notamment dans les régions encore contrôlées par le gouvernement. (...)
Mythe #4 : tous les hommes célibataires qui quittent la Syrie veulent échapper au service militaire obligatoire
Bon nombre de jeunes Syriens souhaitent échapper à la conscription dans l’armée syrienne, mais cela n’est pas la seule raison de leur départ. Beaucoup sont étudiants et souhaitent finir leurs études en Europe, car ils ne peuvent pas le faire en Syrie. Il y a également des jeunes actifs et des artistes qui ont essayé de vivre en Syrie ces quatre dernières années, mais qui ne pouvaient plus gagner leur vie finalement. (...)
Mythe #5 : les Afghans, la deuxième nationalité la plus représentée parmi les migrants qui arrivent en Grèce, fuient les conflits qui secouent leur pays
Suite aux entretiens réalisés auprès de nombreux réfugiés afghans et de leurs interprètes à Lesbos, il apparait clairement que la grande majorité des Afghans arrivés en Grèce appartiennent à la minorité ethnique des Hazaras, longtemps persécutée en Afghanistan. Depuis plusieurs années, ils vivent en tant que réfugiés en Iran et certains sont nés sur place. Après des années de discrimination en Iran, ils profitent de la route qui s’est ouverte pour rejoindre le nord de l’Europe en passant par la Turquie et la Grèce. (...)
Mythe #6 : ce sont surtout les bénévoles étrangers qui gèrent la réception des nouveaux arrivants
Un certain nombre de bénévoles sont venus en Grèce pour combiner vacances et aide ; ils se sont joints aux étrangers qui vivent sur les îles et contribuent aux efforts d’urgence. Ce phénomène a été largement couvert par les médias européens, ce qui a donné l’impression que les lacunes dans l’aide fournie aux réfugiés par le gouvernement et la lenteur initiale de la réponse des organisations non gouvernementales (ONG) étaient comblées par les seuls bénévoles étrangers. En fait, les bénévoles grecs et les résidents des îles ont été et sont les premiers intervenants. (...)
Mythe #7 : l’impact économique sur les îles est négatif
C’est un fait : cet été, les touristes de l’île de Kos se sont plaints de voir des réfugiés arriver sur les plages où ils bronzaient. Il est aussi vrai qu’un certain nombre de croisières ont été annulées et que l’impact a été négatif pour le tourisme sur l’île de Mytilène où des milliers de réfugiés dormaient dehors, sans toilettes adéquates. Mais les réfugiés ont aussi stimulé l’activité des nombreux hôtels, taxis, magasins et restaurants de l’île. Les plus entreprenants ont fait des stocks de tentes, de matelas et de sacs de couchage, et ont proposé des dispositifs pour recharger les téléphones. Il ne reste plus qu’à réaliser une évaluation approfondie de l’impact économique global sur les îles.