Ils accusent Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé, et le Premier ministre Édouard Philippe de n’avoir pas pris les mesures nécessaires à endiguer le fléau du Covid-19, alors même qu’ils connaissaient les dangers de cette épidémie.Ils espèrent ainsi que les pouvoirs publics mettent les moyens nécessaires à disposition aujourd’hui, mais également dans le futur, pour prévenir d’autres épidémies. Spécialiste des questions de santé, Me Fabrice Di Vizio, leur avocat, explique leur démarche.
Comment ce collectif s’est-il créé et dans quel but ?
FABRICE DI VIZIO. Cela a commencé par des échanges informels autour de la situation épidémique, fin février, sur des forums et des réseaux sociaux. Ils étaient 6 ou 7, puis 15, 30, 60… Aujourd’hui, cela explose et c’est la traduction d’une colère générale des soignants. Ils ont progressivement pris conscience qu’ils manquaient de tout pour soigner correctement les gens et surtout éviter une propagation du virus. « Les masques arrivent », leur a dit le gouvernement fin février, et ils y ont cru. Début mars, quand ils ont compris qu’ils n’auraient pas les masques, on s’est mis à leur raconter qu’ils n’en avaient pas besoin… C’est en réalité un aveu d’impuissance et un mensonge, car la vérité, c’est que nous n’avions pas de stocks ! C’est alors que nous avons saisi la justice une première fois. (...)
Qu’avez-vous alors fait ?
Nous avons saisi le tribunal administratif en référé, le 4 mars. L’affaire n’était pas encore audiencée que le gouvernement revenait sur sa position et promettait la fourniture - effective cette fois - des masques. Ceux-ci ont fini par arriver, mais dans quelques endroits, et au compte-gouttes. La colère des soignants était d’autant plus grande qu’ils ont découvert qu’une entreprise française produit des masques… mais pour le compte du ministère de la Santé britannique, qui a passé commande avant la France ! (...)
Les propos tenus par Agnès Buzyn dans le Monde le 17 mars ont fait l’effet d’une bombe et nourrissent notre plainte. En substance, elle explique qu’elle savait tout et n’a rien fait. Elle dit également avoir averti le gouvernement de l’imminence et de la gravité du péril. Ce qui jusque-là pouvait encore passer pour de l’incompétence relève, si l’on en croit ses propos, pour de la pure inconscience. C’est encore plus grave et cela nous démontre qu’il y a eu un mensonge d’Etat. Une enquête pénale est désormais indispensable pour connaître l’étendue de l’information que l’on a cachée aux Français et déterminer les responsabilités de chacun dans ce fiasco sanitaire. (...)
Qu’espérez-vous provoquer avec cette plainte ?
Pour la crise actuelle, faire prendre conscience à nos dirigeants qu’il faut désormais agir dans la transparence. Pour l’avenir, des sanctions exemplaires pour que cela ne se reproduise plus jamais. Sans condamnation, cela reviendrait à considérer que toutes ces morts – présentes et à venir – auront été inutiles.