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Marie-Claude Saliceti
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Le Monde
Tollé dans le monde de la justice après les propos de Macron sur l’affaire Halimi
Article mis en ligne le 28 janvier 2020

Le président de la République a évoqué, jeudi, un « besoin de procès », alors que le meurtrier de Sarah Halimi a été jugé pénalement irresponsable.

Les commentaires d’Emmanuel Macron au sujet de l’affaire Sarah Halimi provoquent une vive émotion dans le monde de la justice. Dans l’avion présidentiel le ramenant à Paris, jeudi 23 janvier au soir, après deux jours passés en Israël pour le soixante-quinzième anniversaire de la libération d’Auschwitz, le président de la République est revenu sur la décision de la cour d’appel de Paris du 19 décembre 2019 concernant le meurtre de cette retraitée sexagénaire de confession juive.

Sarah Halimi avait été battue puis défenestrée au cri d’« Allahou Akbar » par son voisin alors âgé de 27 ans, Kobili Traoré, à son domicile parisien, en avril 2017. (...)

La chambre de l’instruction de la cour d’appel avait jugé que le discernement du jeune homme, mis en examen pour l’homicide volontaire à caractère antisémite, était aboli au moment des faits et qu’il était donc pénalement irresponsable. Les parties civiles se sont pourvues en cassation.

Au Monde, le chef de l’Etat a confié : « Le procès, en ce qu’il met les parties autour d’une table et qu’il est un exercice reconnaissant la douleur, permet de dire l’acte. Dans sa part sacramentelle, il est indispensable pour faire son deuil, pour parachever l’exercice de vérité. (…) Il faut un procès sur des sujets aussi forts, quand bien même à la fin, pour des raisons d’expertise, on déciderait qu’il n’y aurait pas de responsabilité pénale, parce qu’on aura établi les autres responsabilités, qu’on aura permis de faire émerger la vérité et de faire le travail de deuil. » (...)

Emmanuel Macron s’est lancé dans un périlleux exercice d’équilibriste : donner son sentiment sur une décision de justice en cours tout en rappelant qu’il n’avait « pas à la commenter ni à prétendre la remettre en cause ». (...)

« Pression sur la Cour de cassation »

« Je croyais que le président de la République était garant de l’indépendance de la justice », fulmine Me Thomas Bidnic, l’avocat de Kobili Traoré, qui se dit « choqué » par cet « empiétement » présidentiel sur les prérogatives de l’autorité judiciaire.