
Le sociologue Sebastian Roché a identifié, dans les archives d’une revue berlinoise spécialisée, seulement un cas de personne tuée par la police dans le cadre d’un refus d’obtempérer, en une décennie. La comparaison avec les chiffres hexagonaux sur la même période est spectaculaire.
La mort de Nahel, adolescent de 17 ans tué par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre mardi, a relancé les critiques sur l’usage des armes à feux par les forces de l’ordre en France, et l’inflation de tirs meurtriers lors de refus d’obtempérer. Plusieurs médias ont évoqué ces derniers jours une statistique spectaculaire, avancée par le sociologue et spécialiste des questions de police et de sécurité, Sebastian Roché. « En Allemagne, il y a eu un tir mortel en dix ans pour refus d’obtempérer, contre 16 en France depuis un an et demi », répète le chercheur, qui précise que cette donnée s’applique aux tirs policiers mortels « sur un véhicule en mouvement ». Son chiffre a depuis été repris par des médias comme RTL mais aussi par des personnalités politiques de gauche, comme les eurodéputées insoumises Manon Aubry et Leïla Chaibi. (...)
Contacté par CheckNews, Sebastian Roché explique avoir « travaillé à partir des sources “ouvertes” » avec le doctorant Paul Le Derff, en se servant des données enregistrées par le « Bürgerrechte & Polizei /Cilip » et son site « Polizeiliche Todesschüsse ». (...)
Les chiffres officiels des tirs policiers produits chaque année par la conférence des ministres de l’Intérieur ne permettant pas de distinguer les cas particuliers des refus d’obtempérer, la base de données de la Cilip nous a été recommandée par Clemens Lorei, professeur à l’Ecole supérieure de police et d’administration de Hesse. (...)
CheckNews a consulté l’ensemble des cas enregistrés par la Cilip au cours des dix dernières années. Parmi les 116 personnes abattues par la police allemande depuis 2013, seuls trois cas concernent des contrôles routiers. Le premier cas est celui de 2016 répertorié par Sebastian Roché et Paul Le Derff, qui correspond clairement à un refus d’obtempérer, le conducteur tentant de s’enfuir avec son véhicule avant d’être abattu.
Le deuxième cas a lieu en 2019 lors d’un contrôle routier. Selon le résumé de la Cilip, « sur l’autoroute, des agents de police arrêtent un véhicule dont la plaque d’immatriculation fait l’objet d’un avis de recherche. Lorsque le conducteur, qui a abattu une femme peu de temps auparavant en Pologne, pointe son arme sur eux, les agents lui tirent dessus à plusieurs reprises. Au total, ils tirent dix fois, dont cinq atteignent l’homme et le tuent ». Ici, les policiers réagissent à l’arme à feu qui était braquée sur eux.
Le troisième cas remonte à 2020, « lors d’un contrôle routier à Vellmar, dans le district de Kassel, un homme a sorti un couteau et la police l’a abattu », écrit le quotidien local Hessische /Niedersächsische Allgemeine, qui précise que la victime est un « homme de 66 ans qui […] aurait été ivre et aurait sorti un couteau lors du contrôle ». Ici encore, les policiers justifient l’usage de leur arme en raison de l’arme blanche brandie par la personne tuée, qui est à l’arrêt.
Il faut remonter à décembre 2008, soit il y a quinze ans, pour retrouver un second cas, où des policiers abattent un conducteur dans le cadre d’un refus d’obtempérer. La Tageszeitung, qui avait alors couvert le procès du policier, racontait qu’un agent avait abattu un homme « à bout portant à travers la fenêtre de la porte conducteur ». (...)