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Témoignage d’un migrant africain en Lituanie : "Je suis détenu depuis des mois, comme un prisonnier"
Article mis en ligne le 28 décembre 2021
dernière modification le 27 décembre 2021

Depuis le début de l’année, plus de 4 200 personnes sont entrées illégalement en Lituanie, depuis la Biélorussie, contre 74 en 2020. Parmi elles, une grande majorité d’Irakiens (2 797). Derrière eux, les deux pays les plus représentés sont le Congo-Brazzaville (200) et le Cameroun (131). Environ 8 000 personnes ont également été refoulées par les garde-frontières lituaniens cette année.

La plupart des Irakiens sont arrivés en Biélorussie par avion, depuis Bagdad, au cours de l’été, munis de visas touristiques, et ont ensuite traversé à pied la frontière avec la Lituanie. En revanche, la plupart des Africains vivaient déjà en Biélorussie depuis des mois, voire des années, souvent avec des visas étudiants, quand ils ont tenté de se rendre en Lituanie.

Dépassée par cet afflux migratoire sans précédent, la Lituanie – petit pays de l’Union européenne de 2,7 millions d’habitants – a commencé à construire une clôture à la frontière biélorusse cet été. De plus, elle a ouvert des centres pour placer les personnes arrêtées en situation illégale, notamment dans d’anciennes écoles, où nombre d’entre elles sont bloquées depuis des mois. (...)

"Nous dormons dans des containers, pouvant abriter quatre personnes chacun" (...)

Ici, nous manquons de tout. En premier lieu, de savon. Le 22 décembre, la Croix-Rouge est venue en apporter, de même que du shampooing et des brosses à dents. Cela faisait des semaines qu’elle n’était pas venue.

Concernant l’eau, j’achète des bouteilles de 5 litres à un magasin mobile qui vient deux fois par semaine. D’autres boivent l’eau du robinet, mais je ne suis pas sûr qu’elle soit de qualité.

Il arrive aussi que l’eau reste froide dans les douches une journée entière. Pourtant, actuellement, il fait moins -10 °C environ.
"Nous avons tendance à rester éveillés toute la nuit car notre sommeil est perturbé" (...)

La seule activité pour les adultes, c’est des cours d’anglais, mis en place il y a trois semaines : ils sont dispensés tous les jours par un Camerounais, également détenu ici. En dehors de cela, nous regardons des vidéos et nous lisons sur Internet, nous prions… Mais il n’y a pas de wifi dans le centre, donc nous devons nous débrouiller pour acheter de la data. Nous aimerions qu’il y ait des cours de lituanien, mais ils sont réservés aux enfants. (...)

En dehors du fait qu’il n’y a rien à faire, l’incertitude est grande par rapport à ce qui nous attend. Cela nous inquiète beaucoup.

Par ailleurs, ici, les gens s’énervent facilement, car les garde-frontières ont tendance à nous manquer de respect, en disant que nous sommes des ’criminels’ ou des ’voyous’, sans aucune raison. Avant, je pensais que la Lituanie était avancée concernant les droits de l’Homme, mais je ne le pense plus." (...)

Le 23 décembre, le Parlement lituanien a approuvé des amendements à la loi sur le statut juridique des étrangers, autorisant à les maintenir en détention jusqu’à 12 mois, notamment lorsque le pays est en état d’urgence, comme c’est le cas actuellement. Alors que la loi interdisait déjà toute remise en liberté des migrants durant les six mois suivant leur arrivée, leur détention peut désormais être prolongée de six mois supplémentaires si leur demande d’asile est rejetée et s’ils ne sont pas expulsés au cours des six premiers mois.