Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
le Monde
Six leçons sur les migrations africaines
Maryline Baumard
Article mis en ligne le 20 septembre 2019

Selon le dernier rapport de l’OCDE, seuls 300 000 Africains sont arrivés dans les pays de l’organisation en 2018, obligeant à corriger les images fausses d’une Europe envahie.

Le continent n’est pas cité. Pourtant, lorsque les politiques disent vouloir « armer » la France contre les migrations, « préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur », comme l’a rappelé le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, lundi 16 septembre à ses ministres, c’est bien l’Afrique qui est dans tous les esprits. Toujours l’Afrique, lorsqu’un ministre rappelait dans Le Monde daté du mardi 17 septembre, selon les traditionnels éléments de langage du ministère de l’intérieur, que « l’enjeu est de savoir si la France peut résister à l’afflux d’un million de personnes venues du Maghreb en cas de crise dans l’un des pays de la région ».

Pourtant, les Perspectives des migrations internationales 2019, rendues publiques ce mercredi 18 septembre par l’OCDE, ne montrent pas une Afrique aux portes de l’Europe. (..)

1. Les Africains migrent moins que les autres vers l’OCDE

Chine, Roumanie, Inde, Pologne, Vietnam, Mexique, Syrie, Philippines… Pas un Africain dans la liste des dix-sept pays qui ont le plus migré vers l’OCDE selon les Perspectives des migrations internationales 2019. Il faut même attendre la 18e place pour trouver le 1er, le Maroc, et ses quelque 71 000 ressortissants partis (qui ont constitué 1,4 % des entrées 2017 dans la zone OCDE).

(...)

2. Ils s’installent de manière contrastée en Europe

Les Africains optent plus que jamais pour les pays où sont déjà installés leurs compatriotes. Ainsi, ni le Royaume-Uni ni l’Allemagne ne comptent d’Africains dans la liste des dix premiers pays sources qui se sont installés chez eux en 2017, alors qu’en Italie, les Africains (Marocains, Egyptiens, Nigerians, Sénégalais) composent 64 % de la population étrangère du pays. La France, qui n’a pas fourni de chiffres à l’OCDE depuis 2015 sur ce sujet, compte 4,4 % de Maghrébins au sein de sa population et 1,5 % de Subsahariens (selon les travaux de l’INED) et n’a pas enregistré d’afflux cette dernière année. Juste une augmentation des entrées de 245 000 à 253 000, tout type d’entrées confondues et toutes origines.

3. Ils ne sont pas les premiers demandeurs d’asile en Europe

Au Canada, ce sont les Nigerians qui demandent le plus l’asile. En Israël, les Erythréens. Mais en Europe, c’est différent. En Allemagne, France, Grèce, Espagne ou Suède, aucun pays africain ne figure dans les trois nationalités qui ont le plus demandé l’asile en 2018. En France, les Guinéens arrivent en quatrième position, après le trio des Afghans, Albanais et Géorgiens. En revanche, lorsqu’on s’arrête sur les quinze premières nationalités qui déposent un dossier dans l’Hexagone, sept sont africaines au rang desquels figurent les Ivoiriens et les Soudanais, ce qui fait que le continent représente quatre demandeurs sur dix. (...)

4. Une insertion dans l’emploi qui s’améliore doucement

Malgré des efforts d’intégration faits ces dernières années par les pays, et fortement recommandés par l’OCDE qui y voit un levier de croissance fort, c’est en Europe que le taux d’emploi des Africains reste le plus faible avec 64,9 % des Subsahariens en emploi en 2018 (6,2 points de plus que cinq ans auparavant) et 50,3 % des Maghrébins (5 points de plus qu’en 2013). Au Canada, le taux d’emploi est de 69 % pour l’ensemble des Africains et aux Etats-Unis de 71 %.

En moyenne dans les pays de l’OCDE, plus de 68 % des immigrés ont un emploi et leur taux de chômage a reculé de 9,4 % à 8,7 % entre 2017 et 2018. En France, on est à 58 %, quelle que soit la durée de séjour ou l’origine géographique. L’Allemagne est dix points au-dessus.

5. Les plus naturalisés en France

Obtenir la citoyenneté est un marqueur fort de l’intégration. Or 55 % des 174 274 étrangers naturalisés en France en 2017 sont Africains. (...)

6. Pour les États, le migrant idéal est start-upper ou étudiant

En fait, les pays de l’OCDE rêvent tous plus ou moins fort d’une « immigration choisie », selon la terminologie mise au goût du jour par Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’intérieur (2005-2007). 18 des 36 pays de l’OCDE ont inventé une formule pour attirer des start-upper. La France n’est pas en reste avec son Tech Ticket, mis en place en 2015, qui facilite l’obtention de titres de séjour pour ces jeunes entrepreneurs.

Mais on s’arrache aussi les étudiants pour gagner la bataille mondiale des cerveaux… La France, pour l’heure à la cinquième place pour l’accueil de cette catégorie (..) Les Africains représentent 45 % des étudiants étrangers en France, leur nombre serait en forte diminution en cette rentrée…