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Marie-Claude Saliceti
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le Monde
Réforme des retraites : « Le mouvement peut retrouver un second souffle tant la détermination semble forte »
Pour Sophie Béroud, politiste à l’université Lyon-II, la journée d’action du 9 janvier pourrait amplifier la contestation.
Article mis en ligne le 29 décembre 2019

Alors que le mouvement social est entré dans sa quatrième semaine, Sophie Béroud, politiste à l’université Lyon-II, revient sur les caractéristiques et perspectives de la mobilisation sociale, la plus importante, selon elle, depuis celle de 1995.

Le mouvement est assez original. On est dans une grève programmée. Le 5 décembre a été annoncé avec force et le gouvernement savait à quoi s’attendre. Cela a donné aux grévistes le temps de s’organiser, notamment sur l’anticipation des pertes de salaire – on le voit sur la question des caisses de grève. Cela montre aussi une forme d’apprentissage dans les pratiques de lutte par rapport à des moments antérieurs comme le conflit contre la loi travail de 2016. On voit une forte détermination à faire reculer le gouvernement. (...)

Le fait d’être sur des pratiques de grève reconductible dans différents secteurs – SNCF, RATP et dans une certaine mesure chez les enseignants –, et non plus perlées comme ce fut le cas à la SNCF en 2018, est aussi à noter. Ces dernières années, il y a plutôt eu une prédominance de la manifestation comme forme d’action. L’idée est que mettre 2 millions de personnes dans la rue comme en 2010, c’est énorme mais ça ne suffit pas, qu’il faut réinvestir les lieux de travail et montrer que l’on est capable de bloquer l’outil de travail.

Le gouvernement est-il selon vous en train de jouer le pourrissement ?

En tout cas, il ne donne pas le sentiment de vouloir remettre au centre du jeu certaines organisations syndicales, comme la CFDT qui met au cœur de son action le dialogue social. Le fait qu’il n’y ait pas du tout d’ouvertures de ce côté-là alors que c’est la première organisation de salariés dans le public et le privé réunis donne l’impression que l’exécutif mise sur un essoufflement du mouvement. Il ne lui permet pas d’occuper une place qui, sur le papier, pourrait lui revenir, elle qui aspire à un rôle central dans le champ syndical.

En marginalisant la CFDT, ils font non seulement le pari du pourrissement du conflit mais aussi celui de bouleverser l’ensemble du champ. Si des syndicats comme la CGT, FO ou Solidaires parviennent à faire reculer le gouvernement, ils vont montrer toute la légitimité d’un positionnement combatif, d’un syndicalisme de lutte qui seul pourrait l’emporter face aux orientations de l’exécutif et aux différentes « contre-réformes » qui se sont accumulées.

Quel est l’héritage des « gilets jaunes » ? (...)