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Marie-Claude Saliceti
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libération
« Ratonnades » en série chez les migrants de Calais
Article mis en ligne le 2 octobre 2015

Au moins neuf réfugiés ont été tabassés et aspergés de gaz lacrymo, après avoir été enlevés la nuit par les passagers d’une voiture noire. Une information judiciaire a été ouverte en août, mais les associations dénoncent l’immobilisme de la police.

Mais que fait la police à Calais ? Neuf réfugiés ont été passés à tabac depuis juin, sept ont déposé plainte, mais aucune garde à vue, pas d’interpellation. Et encore, ce ne sont là que les cas connus des bénévoles qui soutiennent les migrants : tous ne signalent pas forcément les agressions dont ils sont victimes. La dernière, date du week-end du 26 et 27 septembre, dans une ville censée être ultra-sécurisée, avec 1 300 CRS, policiers et gendarmes déployés, selon Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur.

Le scénario est toujours le même : d’après les témoignages recueillis, une voiture noire - a priori de marque Kia - avec deux hommes et une femme à bord, sillonne Calais. Chemin faisant, les personnes à bord choisissent une personne isolée, « toujours noire », souligne Lou Einhorn, psychologue à Médecins du monde, et la tabassent. Des Soudanais et des Erythréens, jamais des Afghans ou des Syriens. (...)

Elias s’avoue désormais terrifié. Incapable de reprendre la route vers les lieux de passage, retenu par la peur des ombres de la nuit. Il n’ira pas non plus déposer plainte, par crainte de devoir laisser ses empreintes digitales et d’être obligé de demander l’asile en France. Il préfère la Norvège ou la Suède. « Je n’aurais jamais imaginé que des choses comme celles-là puissent se passer ici. » Sous entendu en France, qui se proclame pays des droits de l’homme.

Maya Konforti note, de son côté, les dissemblances avec ce qu’a vécu Mohammed. « Avant, les agresseurs n’enlevaient pas, n’utilisaient pas de lacrymo », constate-t-elle. Le mode opératoire de l’agression est monté d’un cran : le gaz lacrymo, « c’est qu’ils ne veulent pas être reconnus », souligne-t-elle. L’enlèvement, qui aggrave pourtant la condamnation encourue, et le choix d’un endroit discret, c’est une manière d’éviter les patrouilles de police. Des formes de prudence, qui l’inquiètent. « Il faudra encore quinze agressions pour que ça bouge ? »

Une source policière calaisienne n’a que vaguement entendu parler de ces affaires : « Ah, oui, c’est cette bagnole qui tourne dans Calais et qui ratonne ? » demande-t-elle. Mais elle n’est pas surprise : « On a laissé pourrir une situation, les gens ont l’impression qu’on leur bouffe leur ville avec ces histoires, et ces flics partout. » L’homme est dégoûté par le manque de moyens, et les tâches supplémentaires qu’on demande aux forces de police submergées, comme ces patrouilles dans la jungle, qu’il estime inutiles. Il soupire : « On a fait monter l’extrême droite dans la population. »