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Marie-Claude Saliceti
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le Monde
Raffaele Simone : "Pourquoi l’Europe s’enracine à droite"
Article mis en ligne le 7 mai 2012
dernière modification le 5 mai 2012

(...)Dans " De la démocratie en Amérique", Alexis de Tocqueville décrit une nouvelle forme de domination. Elle s’ingérerait jusque dans la vie privée des citoyens, développant un autoritarisme "plus étendu et plus doux", qui "dégraderait les hommes sans les tourmenter". Ce nouveau pouvoir, pour lequel, dit-il, "les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent pas", transformerait les citoyens qui se sont battus pour la liberté en "une foule innombrable d’hommes semblables (...) qui tournent sans repos pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, (...) où chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée des autres".

(...)Isolés, tout à leur distraction, concentrés sur leurs intérêts immédiats, incapables de s’associer pour résister, ces hommes remettent alors leur destinée à "un pouvoir immense et tutélaire qui se charge d’assurer leur jouissance (...) et ne cherche qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. Ce pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il pourvoit à leur sécurité (...) facilite leurs plaisirs (...) Il ne brise pas les volontés mais il les amollit (...), il éteint, il hébète."

C’était une sorte de prophétie, mais nous y sommes aujourd’hui. (...)

C’est le "monstre doux" dont l’Italie me semble être l’avant-garde, le prototype abouti. Il s’agit d’un régime global de gouvernement, mais aussi d’un système médiatique, télévisuel, culturel, cognitif, une forme d’ambiance infantilisante persistante qui pèse sur toute la société.

Ce régime s’appuie sur une droite anonyme et diffuse associée au grand capital national et international, plus proche des milieux financiers qu’industriels, puissante dans les médias, intéressée à l’expansion de la consommation et du divertissement qui lui semblent la véritable mission de la modernité, décidée à réduire le contrôle de l’Etat et les services publics, rétive à la lenteur de la prise de décision démocratique, méprisant la vie intellectuelle et la recherche, développant une idéologie de la réussite individuelle, cherchant à museler son opposition, violente à l’égard des minorités, populiste au sens où elle contourne la démocratie au nom de ce que "veut le peuple". (...)

Le premier commandement est consommer. C’est la clef du système.
(...)


Le deuxième commandement est s’amuser
.
(...)

Et le troisième commandement ?

C’est le culte du corps jeune.
(...)

Un monde où le consommateur a remplacé le citoyen, où le divertissement supplante le réalisme et la réflexion, où l’égoïsme règne me semble favorable à la droite nouvelle, qui d’ailleurs le facilite et l’entretient, car ses valeurs comme ses intérêts sont associés à la réussite de la consommation et de la mondialisation de l’économie, pleine de promesses.

En ce sens, j’avance l’idée que cette droite nouvelle, consommatrice, people, médiatique, liftée, acoquinée aux chaînes de télévision, appelant à gagner plus d’argent, défendant les petits propriétaires, décrétant comme ringardes les idées d’égalité et de solidarité, méfiante envers les pauvres et les immigrés, est plus proche des intérêts immédiats des gens, plus adaptée à l’ambiance générale de l’époque, plus " naturelle " en quelque sorte. Et c’est pourquoi elle gagne.
(...)

Il faut ajouter que défendre les idées de justice, de solidarité, d’aide aux démunis et se préoccuper du long terme et de l’avenir de la planète apparaît aujourd’hui comme une attitude difficile, courageuse, mais hélas contraire à l’intérêt égoïste de court terme. Cela coûte, exige des efforts. C’est pourquoi la gauche perd. (...)

Ebuzzing