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Marie-Claude Saliceti
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Telerama
Qui se souvient que les Roms furent esclaves cinq siècles durant ?
Article mis en ligne le 11 mai 2021

Alors que la France célèbre ce 10 mai la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, qui sait qu’en Europe il y eut aussi des esclaves ? Les Roms, sur le territoire roumain, du XIVe au XIXe siècle... Aujourd’hui, des artistes se mobilisent contre l’oubli.

En 1837, l’historien Mihail Kolganiceanu, futur président du Conseil des ministres de la Roumanie, alerte les Européens qui « fondent des sociétés philanthropiques pour l’abolition de l’esclavage en Amérique » : sur le Vieux Continent, environ deux cent mille « Tsiganes » sont réduits à l’état d’esclaves. Ils le seront officiellement jusqu’en 1856. Près de deux siècles plus tard, seule une commémoration de l’« émancipation des Roms » a lieu chaque 20 février dans le pays. Et il a fallu attendre l’année dernière pour qu’une étude de cas soit insérée dans le programme des collèges. (...)

Pour le sociologue rom Adrian-Nicolae Furtuna, connaître l’histoire « permet de comprendre les réalités socio-économiques actuelles des Roms de Roumanie ». Il étudie depuis une décennie les conséquences encore visibles de l’esclavage subi par ses ancêtres, originaires d’Inde et arrivés en Valachie et Moldavie en tant qu’esclaves au XIVe siècle. Jusqu’à l’abolition, cinq siècles plus tard, « les Roms se trouvaient au dernier rang des asservis. Ils étaient vendus, les familles étaient séparées, ils n’avaient aucun droit ». Les seuls Roms libres s’étaient enfuis ou avaient été affranchis par leurs maîtres.

Esclaves puis “mendiants”

Aujourd’hui, la Roumanie compte la plus grande population rom en Europe – estimée à deux millions par les ONG. Marginalisés, ils sont régulièrement visés par des remarques racistes, voire traités de « corbeaux », insulte tout droit venue de la période esclavagiste. De même, le terme péjoratif țigan, qui était assimilé à « esclave », est encore utilisé dans le langage courant. Une stigmatisation qui s’est ancrée dès la période post-abolition ; les Roms libérés ne furent pas intégrés dans la vie socio-économique du pays. (...)

Encore aujourd’hui, des communautés sont installées sur d’anciens campements d’esclaves, et travaillent au jour le jour dans les monastères avoisinants, là où leurs ancêtres avaient été asservis. (...)

En 2015, le cinéaste Radu Jude sera le premier, avec Aferim !, à mentionner l’esclavage des Roms dans une œuvre d’importance : l’Ours d’argent du meilleur réalisateur, qu’il reçoit alors à la Berlinale, donne une visibilité inédite au sujet. En Roumanie, l’idée d’un devoir de mémoire gagne du terrain. (...)

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L’esclavage des Roms, la « Grande Honte » de la Roumanie

Quand l’Histoire est oubliée, l’art la fait ressortir des tiroirs. Avec la pièce « Marea Rușine » (« La Grande Honte »), ce sont 500 ans d’esclavage des Roms qui resurgissent sur scène. Magda, une jeune doctorante rom, décide de rédiger une thèse sur le sujet, mais fait face aux critiques de ses proches et à ses questionnements intérieurs : qu’est-ce qu’être une femme rom aujourd’hui en Roumanie et en Europe ? Comment un tel passé peut-il être ignoré ? (...)