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Marie-Claude Saliceti
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Publier des photos de migrants sur Facebook, nouvelle méthode des geôliers libyens pour obtenir des rançons
Article mis en ligne le 18 novembre 2021

Des photos de détenus, seulement identifiés par un numéro, publiées sur Facebook. Le but : que la publication soit vue et partagée le plus possible, jusqu’à ce qu’un internaute reconnaisse un détenu, et paye pour sa libération.

"Des personnes arrêtées, dont les parents n’ont pas eu de nouvelles depuis des années. Nous demandons à toute personne qui reconnaît l’un d’entre eux d’avertir les familles", peut-on lire sur la publication, consultée par le quotidien italien Il Fatto Quotidiano.

Un chantage bien orchestré, qui joue sur la détresse des familles, contraintes ensuite de payer une rançon pour sauver la vie de la personne emprisonnée.

Sur ces photos d’exilés qui ont perdu le contact avec leurs proches, ou "que plus personne ne cherche", les regards sont "terrifiés" et "fatigués". "Certains visages sont gonflés par les coups et les blessures". La publication, à la croisée entre "photos de reconnaissances policières et vente d’êtres humains sur un marché", montre 28 migrants, probablement tous d’origine subsaharienne.
Les migrants, des distributeurs de billets automatiques

Si Caroline Gluck reconnaît être confrontée "pour la première fois" à ce genre de pratique, la responsable des relations extérieures du HCR en Libye, admet en revanche au journal italien que "l’enlèvement de migrants à des fins d’extorsion" est "malheureusement bien connu" de ses services. (...)

"Les criminels en Libye n’ont pas de temps à perdre et considèrent les humains comme des distributeurs de billets automatiques", confirme Aboubacar, un exilé nigérien interrogé par Il Fatto Quotidiano.

"Le système […] est très simple. Les milices interceptent les migrants à la frontière avec les pays voisins, notamment le Niger, mais aussi l’Algérie, le Tchad et le Soudan et leur garantissent le transport vers Tripoli. Toujours par le versement de sommes d’argent bien sûr, raconte-t-il. Souvent les migrants ne savent pas qu’une fois arrivés, ils ne seront pas relâchés ou mis en contact avec les organisations de passeurs pour les traversées [de la Méditerranée]. C’est là que commence le vrai calvaire". (...)

Daouda**, un autre migrant de 19 ans originaire de Guinée, a dû lui aussi réclamer de l’argent à son père pour sortir de prison. "Mais le temps [qu’il] réunisse l’argent, il était déjà trop tard", raconte sa sœur. Le jeune homme est mort en prison, abattu par les gardiens lors d’une tentative d’évasion.

Salif***, qui pour sa part a tenté de traverser la Méditerranée depuis la Libye à six reprises, explique que "quand les migrants sont renvoyés dans un port libyen, ils sont transférés en centre de détention. Là-encore, il faut payer pour en sortir. La somme est de 3 000 dinars libyens [environ 550 euros, ndlr]. D’ailleurs, la première chose que les gardiens nous demandent en arrivant, c’est : ’Qui a de l’argent pour sortir de prison ?’"