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Marie-Claude Saliceti
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Pourquoi nous, magistrats et citoyens, adhérons à Anticor
Article mis en ligne le 25 octobre 2019

À la suite de l’ouverture d’une procédure administrative décidée par la ministre de la Justice contre Éric Alt, Vice President d’Anticor et premier Vice President adjoint au tribunal de Paris, plus de 50 collègues ont décidé d’adhérer à Anticor afin de dénoncer cette attaque contre la liberté d’expression et d’engagement des magistrats.

Nous, magistrats et citoyens, avons décidé de devenir membres d’Anticor.

Parce que nous dénonçons l’instrumentalisation de la procédure disciplinaire lancée par la ministre de la Justice contre Eric Alt, magistrat et vice-président d’Anticor.

Parce que, sous de fallacieux prétextes juridiques, il s’agit, en réalité, de dissuader les magistrats de s’exprimer de manière critique et de faire partie d’une association qui questionne l’emprise du pouvoir sur la justice.

Parce que nous soutenons l’action de cette association, dont l’objet est de lutter contre la corruption et de promouvoir l’éthique dans la vie publique, et que le pouvoir exécutif cherche aujourd’hui à atteindre par le biais de cette procédure lancée contre son vice- président.

La justice ne peut être enfermée dans une bulle. Elle entretient avec la société des liens multiples. Depuis 50 ans, la magistrature s’est libérée de sa tour d’ivoire, elle a ouvert des fenêtres sur le monde. L’engagement du magistrat dans la vie associative est une richesse pour l’Institution.

Plus encore : comme le rappelle la Cour européenne des droits de l’homme, il n’est pas de société démocratique sans que le pluralisme, la tolérance et l’ouverture d’esprit se traduisent effectivement dans son régime constitutionnel, que celui-ci soit soumis au principe de la prééminence du droit, qu’il comporte essentiellement un contrôle efficace de l’exécutif exercé, sans préjudice du contrôle parlementaire, par un pouvoir judiciaire indépendant.

Les conditions de nomination des procureurs de la République, qui mettent leur carrière dans la main d’un pouvoir exécutif assumant qu’ils soient « en ligne et à l’aise » avec lui, ne garantissent pas suffisamment l’indépendance de la justice et l’égalité de tous devant la loi. (...)

Le préambule de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 proclame que "l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements". L’égalité devant la loi, la liberté d’expression, le droit pour les citoyens de demander compte aux agents publics de leur administration, la séparation des pouvoirs sont autant d’obstacles aux abus de pouvoir et à la corruption. Aujourd’hui, ces principes sont devenus vulnérables.

C’est pourquoi nous adhérons à Anticor, considérant que c’est notre rôle et notre devoir, comme magistrats et citoyens, de rendre pleinement effectifs les principes qui fondent la République.