
Les symboles tombent, le néant demeure. La semaine dernière, la Grèce a fait en quelque sorte son entrée dans la période dite de carême. Temps frais, bien pluvieux, celui autant de la boue. Certains migrants à Idomeni, ont tenté le passage en... force, c’est-à-dire celui du dernier désespoir vers le pays de l’Ex-République yougoslave de Macédoine (Slave), peine alors perdue, ou plutôt noyée dans les ruisseaux et torrents balkaniques, plus exactement européens. Les médias quant à eux, ils ont d’abord et surtout dévoré le spectacle. Temps agité.
Les rumeurs forcement instrumentalisés ont conduit certains migrants à forcer le passage de la frontière... par les ruisseaux balkaniques, réputés si inhumains en cette saison de l’année, qui plus est, si dangereux. D’autres rumeurs, ont conduit d’autres, à manifester leur joie trop rapidement, suite aux échos embrouillés qu’ont suivi l’accord entre l’UE et la Turquie à leur sujet, et en réalité, sur tant d’autres sujets.
Progressivement, les migrants réalisent qu’ils seront alors bloqués en Grèce, leur déception est donc immense. (...)
Au même moment dans les rues d’Athènes, on pouvait encore découvrir ce dérivé de carnaval que l’on qualifierait de sensiblement primitif... tributaire de la périodisation implacable de la troisième vague technologique, quant déjà aux symboles et aux mentalités y afférentes. Un supposé appel, forcement européen propagé par internet, a ainsi conduit quelques centaines de jeunes à se déguiser en... zombies. Travestis de la sorte, ils ont alors cru bien faire, paradant Place de la Constitution, pour “faire peur aux passants” ; ces derniers étant considérés comme forcement innocents.
Encore une fois, les médias ont aussitôt... macéré le spectacle pour en faire, comme attendu, un bien piètre plat, s’agissant de “l’event” d’un seul jour et décidément de toute une époque. Temps néant... et remuant. Et fondamentalement, pauvres jeunes, car ils ne réalisent même pas que leur déguisement n’est en réalité que le reflet précis de leur condition sociale alors dramatiquement très exacte. Le pays de l’ancienne Hellade étant sur le point de... mourir le premier dans la fosse commune européiste (en vérité, à travers cette matérialité du monde sans travail), n’a que faire de tant de cadavres et zombies dans les rues comme dans les arènes stériles de la politique. (...)
En dépit de ce que les médias suggèrent, et d’après ce que je constante où que je me trouve à Athènes par exemple, plus de 80% des opinions ouvertement exprimées se positionnent contre l’installation durable des migrants en Grèce, un ami (chômeur... radical et alors récent ancien électeur de l’extrême gauche) me disait dernièrement que “cette arrivée massive et largement incontrôlée de tant de gens certes déracinés n’est autre chose qu’une invasion”. Sans (autre) commentaire, et sans que cela annule toute la vérité, comme d’ailleurs l’efficacité émouvante (mais insuffisante) de la solidarité dont bénéficient heureusement (encore) les migrants. D’ailleurs, tout le monde aura remarqué que la manifestation de soutien aux migrants, organisée à Athènes (et pas uniquement) samedi dernier (un appel lancé par certains partis de gauche) n’a réuni en réalité que quelques centaines de personnes.
Le pouvoir fort ambiant n’ignore guère tout cela, d’où aussi ces opérations médiatiques, l’apparition d’Angelina Jolie, ambassadeur de bonne volonté du Haut-Commissariat de l’ONU pour l’Agence des réfugiés (HCR) en Grèce en est une. L’actrice a rencontré jeudi 17 mars des réfugiés syriens à Lesbos, et ensuite d’autres sur le port du Pirée, avant d’être reçue par Alexis Tsipras très officiellement. Une opération de communication bien d’envergure a été si précisément montée par les services du Premier ministre, cinéma et pouvoir alors... rapprochés. (...)
Ambiance bien lourde. Pourtant, même en ville, le Printemps arrive enfin. Maigre consolation... D’après Reuters citée par les journalistes des radios d’Athènes (21 mars), “le récent accord entre l’UE et la Turquie sur la crise des migrants a déjà échoué”. Maigre consolation aussi.. (...)
plusieurs milliers d’entreprises grecques quittent le pays, plus de deux-cent mille nouveaux passeports ont été délivrés en 2015 (quotidien “Kathimeriní” du 20 mars), la surimposition, la... déréalisation du régime des retraites, le chômage gigantesque, ainsi que le dernier népotisme carnavalesque de SYRIZA feront le reste. (...)
“Il n’est pas facile que de ne pas admettre” - écrit l’éditorialiste de “Kathimeriní” et universitaire Chrístos Yannaras (20 mars) - “cette constatation, que la société grecque est à présent désespérément plongée dans un état comateux, décadent, proche de la mort”. (...)
“Et soudainement, cette société lessivée et terminée historiquement, se réveille devant la tragédie des réfugiés, et elle se redresse. Dans les îles de la première arrivée, puis, au port du Pirée, dans les premiers camps de fortune, sur la Place Victoria, sur les routes menant vers le nord de la Grèce, dans ces haltes improvisées de tant de migrants, et enfin en Idomeni, ces citoyens ordinaires et ces associations ont tenté de prendre en main la gestion de cette situation d’urgence”. (...)
“L’autre jour, les plongeurs des garde-côtes, ont retrouvé un petit paquet contenant dix mille euros... provenant des affaires d’un pauvre migrant ayant péri en mer la semaine dernière. Depuis, l’état d’alerte avait été donné... nos plongeurs et autres pêcheurs du dimanche se sont mobilisés pour ainsi pratiquer cette nouvelle chasse au trésor... des trépassés. Tout le monde veut s’en sortir... migrants comme Grecs, sauf les... déjà cadavres”. (...)