En 2017 et pour la cinquième année consécutive, les guerres, les violences et la persécution ont propulsé les déplacements forcés dans le monde vers un nouveau record, sous l’effet de la crise en République démocratique du Congo, de la guerre au Soudan du Sud et de la fuite de centaines de milliers de réfugiés rohingyas vers le Bangladesh depuis le Myanmar. Les pays en développement sont les plus massivement touchés.
(...) « Nous nous trouvons à un moment décisif où la réponse appropriée aux déplacements forcés à travers le monde exige une approche nouvelle et plus globale afin que les pays et les communautés ne soient plus laissés seuls face à ces situations », a déclaré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi. « Toutefois, il y a des raisons d’espérer. Quatorze pays appliquent déjà des modalités novatrices pour la gestion des crises de réfugiés et, d’ici quelques mois, un nouveau pacte mondial sur les réfugiés sera prêt à être adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies. Aujourd’hui, à la veille de la Journée mondiale du réfugié, je m’adresse aux États membres pour leur demander d’appuyer cette approche. Personne ne devient un réfugié par choix, mais chacun de nous peut choisir comment aider. »
Chaque année, le HCR publie son rapport statistique sur les Tendances mondiales dans le monde entier juste avant la Journée mondiale du réfugié (20 juin) ; le rapport fait le bilan des déplacements forcés sur la base des statistiques recueillies par le HCR, les gouvernements et d’autres partenaires. Il n’examine pas la situation mondiale en matière d’asile, cette question faisant l’objet d’informations distinctes de la part du HCR et témoignant à nouveau en 2017 d’incidents en matière de retours forcés, de politisation et de stigmatisation des réfugiés, de cas de détention ou d’interdiction de travailler ainsi que de l’existence de plusieurs pays qui contestent l’utilisation même du terme « réfugié ».
Quoi qu’il en soit, le rapport sur les Tendances mondiales livre de nombreux enseignements, notamment des cas où la perception des déplacements forcés est en contradiction flagrante avec la réalité. (...)
On peut citer entre autres l’idée reçue selon laquelle les personnes déracinées à travers le monde se trouveraient principalement dans des pays de l’hémisphère Nord. Les statistiques prouvent l’inverse étant donné que 85 % des réfugiés vivent dans des pays en développement - dont beaucoup sont désespérément pauvres et ne reçoivent qu’un appui limité pour prendre en charge ces populations. Quatre réfugiés sur cinq demeurent dans des pays frontaliers de leur contrée d’origine.
Les déplacements massifs de populations au-delà des frontières sont également moins fréquents que les 68 millions de déracinés à travers le monde ne le laissent supposer.(...)
Tout comme le nombre de pays à l’origine des déplacements massifs, le nombre de pays qui accueillent de vastes populations réfugiées est également faible : au niveau mondial, la Turquie demeure le premier pays d’accueil de réfugiés en valeur absolue, avec une population de 3,5 millions de réfugiés, principalement des Syriens, tandis que le Liban accueille le plus grand nombre de réfugiés au regard de sa population nationale. Au total, 63 % de l’ensemble des réfugiés relevant de la compétence du HCR vivent dans 10 pays seulement.(...)
Le nombre limité de solutions apportées à cette situation est à déplorer. La persistance des guerres et des conflits demeure la cause principale des rares progrès constatés pour le rétablissement de la paix. Environ cinq millions de personnes ont pu rentrer chez elles en 2017 - en grande majorité des déplacés internes - mais nombre d’entre elles ont été rapatriées sous la contrainte ou ont retrouvé des conditions précaires. Vue la baisse du nombre de places de réinstallation offertes, le nombre de réfugiés réinstallés a chuté de plus de 40 %, et concerne environ 100 000 personnes.