Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
blogs de Médiapart
Opinion d’un soignant. Chapitre trois
J’ai envie de vomir. Écœuré, je suis écœuré... je suis las.
Article mis en ligne le 17 avril 2020

Je suis écœuré par ces politiques qui disent nous diriger, alors qu’ils ne sont même pas capables de réagir rapidement à un problème. Je suis écœuré par ses « scientifiques » qui ne voient qu’un aspect du problème. Je suis écœuré par mes condisciples qui colportent des opinions de réseaux sociaux sans la moindre analyse critique. Je suis écœuré par mes concitoyens qui pensent qu’une vérité scientifique est établie par un sondage populaire.Je suis écœuré au-delà de tout ce que l’on peut imaginer. Déjà dans les années 2000 j’ai été suffisamment écœuré par le népotisme de la recherche scientifique pour abandonner mon poste de chercheur. (...)

La première question que nous aurions dû tous nous poser c’est qu’est-ce qu’une épidémie ? Et pour simplifier je dirais simplement que c’est la transmission d’un agent pathogène au sein d’une population. Apparaît alors plusieurs axes pour lutter contre une épidémie. Le premier, et le plus évident, c’est la nature de l’agent pathogène. Le second, peut-être moins évident, c’est comment il se transmet. La troisième, présente en filigrane, c’est la dangerosité de l’agent pathogène. Le quatrième, beaucoup moins évident, c’est la caractérisation des individus atteints. Enfin et pas toujours bien compris, son origine (...)

Pour les modalités de transmission il existe trois grands modes, qui peuvent se recouper pour un agent. (...)

La dangerosité d’un pathogène dépend de deux facteurs : sa virulence, et sa contagiosité. (...)

La caractérisation des individus atteints rejoint la notion de virulence, mais va mettre en évidence l’existence de groupes d’individus présentant des symptômes graves, et d’autres groupes ne présentant pas les mêmes symptômes. On peut également mettre dans ce point la notion de densité de la population. (...)

Cet enseignement date d’avant l’épidémie du HIV, soit près de 40 ans.

Pour le cas l’épidémie actuelle nous sommes face à un virus qui se transmet essentiellement par les gouttelettes (et vraisemblablement aussi par des aérosols), extrêmement contagieux, et d’une létalité relativement peu élevée. (...)

Alors pourquoi aujourd’hui je suis las ? C’est d’entendre une ancienne ministre de la santé dire que cette épidémie n’était pas prévisible, c’est entendre le président de la république se gausser de ceux qui prédisent ces événements après qu’il se soient produits. Alors oui cette épidémie là nous ne la connaissions pas mais si nous avions tenu compte de ce que je viens de décrire il leur était facile d’imaginer une politique pour contrecarrer cette épidémie. (...)

Je redoute déjà la prochaine épidémie. Un temps d’incubation plus long, un mode de transmission différent, une létalité plus importante, et nous entendrons les dirigeants qui seront pouvoir à ce moment-là dire : « nous ne pouvions pas prévoir » ! Bien sûr il est hautement vraisemblable que les autorités chinoises n’ont pas livré toutes les observations qui ont pu être faites au début de l’épidémie, mais lorsque c’est devenu évident fin décembre, pourquoi ne pas avoir immédiatement passé des commandes de masques et de SHA ? Je pense que dans ce retard il faut voir la crainte des décideurs de se retrouver dans la position de Roselyne Bachelot, et se faire reprocher d’avoir paniqué. J’aurais préféré qu’ils paniquent. Je suis quand même surpris que nos ambassades, nos consulats, nos médecins sur place n’ont pas remonté d’informations vers la France. Défaillance de nos systèmes d’information ? (...)