Grèce, moments de tempête et temps des premières fraises sur les étales. Les habitants de nos contrées soulagés en cette toute première nouvelle historicité savourent encore le moment propice. Car les instants opportuns dans l’histoire... ont bien la mémoire courte. Souriants ou réveillés comme pour nous arracher d’un cauchemar, nous ne savons plus si nous naviguons déjà au large, ou bien droit devant, vers la grande dépression. Peu importe, le pays connait cependant sa première éphorie depuis longtemps... l’Amérique en plus.
Le voisin Chrístos se félicite encore de la nouvelle situation, mais il attend avec impatience un certain règlement... des dettes dont sa structure reste redevable depuis la faillite, “pour ainsi pouvoir redémarrer” comme il dit. Il attend autant et avec la même impatience, le moment où il sera de nouveau repêché par le filet de la Sécurité Sociale, exclu comme il est du système de Santé depuis 2011.
À l’instar de mon ami T., journaliste au chômage depuis bientôt un an et qui habite chez son épouse. Il se satisfait certes de la victoire de SYRIZA, sans trop pour autant le crier sur la toiture de son appartement du dernier étage, hérité de la génération des anciens d’après l’expression consacrée. Appartement d’ailleurs lequel semble vient de trouver acquéreur pour 45.000 euros, et pour une valeur estimée en 2010 dépassant les 100.000 euros.
Ma cousine A. et son mari, tous deux historiquement... nés au sein de la droite supposée classique (pour ne pas dire bien avant), n’ont pas voté en faveur de Samaras et de sa désormais désuète ex-Nouvelle démocratie en pleine crise existentielle. Ils se sont partagé la tâche, entre un bulletin SYRIZA et un autre ANEL (Grecs Indépendants de Kamménos). Et ils ont vu très juste. Étant de droite, ils sont très satisfaits de la nouvelle coalition gouvernementale anti-mémorandum et anti-troïka, car ce qui compte à leurs yeux, “c’est de nous débarrasser de Samaras, de Venizélos et des autres traîtres”. Et après ? (...)
“Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens”, affirme toutefois sans réserve (si ce n’est que de pure forme), le président de la Commission européenne cette semaine à propos de la Grèce (et implicitement à propos des autres pays... du bunker européiste). On a connu Jean-Claude Juncker plus conciliant quand, Premier ministre du Luxembourg, il autorisait des dizaines de multinationales à s’affranchir des législations fiscales des pays membres de l’UE, soulignent alors les rédacteurs à la revue “Politis”.
En effet les (dernières) masques tombent sous les effets du catalyseur SYRIZA. “Il ne sert à rien de vouloir opposer des pays de la zone euro entre eux, et surtout pas la France et l’Allemagne parce que de toute façon (...), les solutions qui pourront être trouvées pour accompagner la Grèce, tout en faisant en sorte qu’elle respecte un certain nombre d’engagements, passeront par un accord entre la France et l’Allemagne”, a déclaré de son côté Michel Sapin, pour ne pas faire oublier que le cœur de l’embarras européiste (et austéritaire), réside dans la relation entre certaines élites françaises et allemandes. Je sais que sur ce point, les Français eux-mêmes (et peut-être bien les Allemands), finiront par redéfinir le cadre par le seul moyen dont ils disposent encore, c’est à dire le vote, et cela, dans moins de cinq ans à mon avis. (...)
Le quotidien “Avgí” (de SYRIZA), note qu’une “mission composée de membres de haut rang du Département du Trésor américain ayant l’expertise de la crise de la dette, est dépêchée par le président américain Barack Obama à Athènes, pour des entretiens avec le gouvernement grec. C’est bien cette équipe qui ira incarner le rôle de médiateur entre Athènes et Bruxelles, afin d’arriver à une solution mutuellement acceptable”.
“Rappelons que le président américain devrait se réunir la semaine prochaine avec la chancelière allemande Angela Merkel, dans la perspective du Sommet du G-7 qui se tiendra en juin en Bavière. Selon des informations, la question grecque deviendra probablement le principal sujet de débat entre les deux dirigeants” (Avgí du 2 février).
Et le prochain socialisme... ce serait alors, la fin de l’austérité, l’électricité rétablie pour les paupérisés, plus l’oncle d’Amérique ! Ainsi Paul Jorion commente cette dernière actualité en remarquant ceci : “La carte secrète de la Grèce, elle se trouve ailleurs. Tendez l’oreille, et prenez au sérieux la leçon d’économie de M. Obama hier dimanche : ‘on ne peut pas pressurer continuellement un pays en dépression : il vient un moment où doit intervenir une stratégie de croissance pour qu’il soit à même de rembourser ses dettes de façon à éliminer une part de son déficit’. Pourquoi ce ton encourageant de M. Obama envers la Grèce ? Parce qu’il doit y avoir quelqu’un dans son entourage à avoir lu le livre de Yanis Varoufákis, nouveau ministre grec des Finances, ouvrage intitulé ‘Le Minotaure planétaire’” (blog de Paul Jorion, le 2 février). (...)
Un terrain d’attente d’ailleurs annoncé, entre SYRIZA et les administrations Américaine et de l’UE, tient de la lute contre l’évasion fiscale des oligarques Grecs, ce que par exemple se refuse de faire chez lui et pour l’ensemble de l’UE Jean-Claude Juncker, et la raison est bien simple. Les oligarques Grecs, sont de taille moyenne, agissent en “semi-local”, entretenant un système politique (presque) aussi corrompu que celui du large reste, mais ne fixent pas les règles de la finance mondialisée.
En dépit de cette mise au point nécessaire, la sociométrie du peuple grec de gauche, et du peuple grec tout court, semble enfin vouloir mettre fin ou plus exactement modérer si possible, ces agissements pour tout dire criminels. Le chantier est si énorme, que la “guerre civile” contre SYRIZA risque d’être plus rude que sa course dans la nouvelle... géopolitique à la grecque, aux résultats pour le moment joyeux et néanmoins imprévisibles. (...)
Les moments de transition sont toujours d’un goût inoubliable. Cette semaine encore, nos dirigeants... Tsipriotes sillonneront encore l’Europe des contacts officiels. Alexis Tsípras se rend entre autres, à Nicosie, à Rome, à Paris et à Bruxelles. Mais entre... Poèmes et Politique (et) comme le remarque à son tour mon ami Olivier sur son site Okeanews, on se met à revivre car “c’était sans doute la plus belle image de la journée à Athènes. Après plus de deux ans présentes pour ’protéger’ le Parlement de son peuple, les barrières ont enfin été enlevées ce matin place Sýntagma. Un symbole”. (...)