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Marie-Claude Saliceti
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l’OBS
Non, la France ne se droitise pas
Article mis en ligne le 30 août 2021
dernière modification le 29 août 2021

Paradoxe : les Français se reconnaissent de moins en moins dans la gauche. Et pourtant, les valeurs de celle-ci (égalité, tolérance, solidarité, écologie…) progressent, explique la Fondation Jean-Jaurès rejoignant les constats du sociologue Vincent Tiberj.

C’est devenu une tarte à la crème : la France serait de droite. Elle ne penserait plus qu’en termes de responsabilité individuelle, d’autorité, d’ordre, de défiance face au collectif… A peine un Français sur cinq se déclare aujourd’hui « de gauche », une situation « inédite », constate Pascal Perrinaud. Le politologue en faisait cette semaine le constat dans « les Echos » sous le titre : « La France s’est beaucoup droitisée ».

Si l’on s’en tient aux sondages en vue de la présidentielle, la gauche n’a effectivement jamais semblé aussi faiblarde. Selon un sondage Harris interactive pour « Challenges », si Xavier Bertrand et Valérie Pécresse se présentaient tous les deux, ils recueilleraient respectivement 11 % et 8 % des votes, tandis qu’Emmanuel Macron serait à 21 % et Marine Le Pen à 23 %. Selon ce sondage, il ne resterait qu’un électeur sur quatre à voter à gauche (11 % pour Jean-Luc Mélenchon, 7 % pour Anne Hidalgo, 6 % pour Yannick Jadot)…

Les valeurs de gauche ont le vent en poupe

Et pourtant, quand on se penche sur le détail des enquêtes d’opinions sur les valeurs des Français, c’est plutôt celles de la gauche qui ont le vent en poupe, et c’est une tendance longue. Prenez la dernière note de la Fondation Jean-Jaurès, publiée à l’ouverture des Universités d’été du Parti socialiste. Les Français, constate son auteur Antoine Bristielle qui a croisé les données de plusieurs enquêtes de référence – dont le Baromètre de la confiance politique, l’enquête « Fractures françaises » et « l’Enquête électorale française » – ne croient certes plus aux lendemains qui chantent (huit Français sur dix pensent que la France est « en déclin » ), ils vivent un profond sentiment de défiance (huit Français sur dix également pensent qu’« on est jamais trop prudent quand on a affaire aux autres »), et ils sont diablement nostalgiques (trois sur quatre « s’inspirent de plus en plus » des valeurs du passé). Et pourtant constate la Fondation :

"« Ils se rassemblent largement sur quatre points : un rapport particulier à la justice sociale, une volonté d’action dans le domaine environnemental, une très grande valorisation de la démocratie et la volonté d’avoir une laïcité pleine et entière. »" (...)

  • 76 % des sondés sont d’accord avec le fait que « le gouvernement devrait prendre davantage de mesures pour réduire les inégalités de revenus ».
  • 71 % considèrent que pour qu’une société soit juste, il faut que les différences de niveau de vie entre les gens soient faibles.
  • 77 % de nos concitoyens sont d’accord avec l’idée que « le gouvernement doit prendre des mesures fortes pour contrer l’urgence environnementale, même si cela doit demander de modifier son mode de vie ».

Un problème d’incarnation

Cette étude rejoint les travaux du sociologue Vincent Tiberj, professeur à Sciences-Po Bordeaux, qui constate que sur une longue période, les Français se montrent de plus en plus ouverts aux valeurs traditionnellement considérées comme « de gauche » (...)

La leçon ? C’est que la gauche peut tenir bon sur ses valeurs : ce ne sont pas elles qui sont en cause, au contraire. Elles répondent à des enjeux qui préoccupent les Français. Le problème, c’est leur incarnation. C’est l’anémie des partis et la faiblesse de leurs élus, incapables de tenir un discours inspirant pour les porter. Que ce soit sur les inégalités, sur le rôle de l’Etat dans l’économie, sur l’environnement, sur la démocratie, les formations de gauche n’ont pas, à l’approche des présidentielles, un discours très vaillant, c’est le moins qu’on puisse dire, alors que ces thèmes devraient être leurs angles d’attaque principaux. En s’échinant à rebondir sur les thématiques boueuses de la droite et l’extrême droite (sécurité, islam, immigration…), elles continuent à creuser le trou dans lesquelles elles se sont enlisées.