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Mondial 2022 : Des stades climatisés en plein désert pour une compétition d’un mois.
/Elsa Gambin, jounaliste
Article mis en ligne le 12 septembre 2022

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 REPORTAGE - Coupe du monde 2022 : le Qatar essaie de verdir son image

Le Qatar s’apprête à accueillir la Coupe du monde de football, du 21 novembre au 18 décembre prochain.
Huit stades entièrement climatisés ont été construits pour l’occasion, pour tempérer la chaleur locale.
L’Émirat promet pourtant un bilan carbone neutre pour la compétition, est-ce réaliste ?

Avec ses villes ultra-modernes, bâties au milieu du désert, le petit émirat, grand comme l’Île-de-France, détient un triste record. Aucun pays au monde ne rejette plus de CO2 par personne dans l’atmosphère : 37 tonnes par habitant en 2017. Et ce ratio ne devrait pas baisser avec la coupe du monde, au contraire. Car dans chacun des huit stades prévus pour la compétition, un système de climatisation géant a été installé, que l’on peut découvrir dans le reportage en tête d’article. Il permet à l’air conditionné de circuler partout dans l’enceinte, à une température réglée au degré près, d’un simple clic.

C’est la méthode qu’a trouvé cet émirat du Golfe persique pour tempérer les assauts d’une chaleur étouffante. Ce sont les conditions climatiques du pays qui ont provoqué le décalage de la compétition, qui se tient habituellement au début de l’été. Mais même en novembre, au début du tournoi, la température descend rarement sous les 25 degrés la nuit. Le procédé de climatisation semble être le contraire d’une démarche écologique, que les autorités qataries justifient en affirmant que des panneaux solaires alimentent le système... mais sans préciser dans quelles proportions.

Des stades rapprochés, pour limiter les déplacements

Malgré ces innovations très consommatrices en énergie, le Qatar promet pourtant un bilan carbone neutre pour la compétition. Pour y parvenir, le pays a construit très près les uns des autres les huit stades prévus pour le Mondial 2022 : à peine 70 km séparent les deux plus éloignés. De quoi limiter en effet la trace carbone des centaines de milliers de supporters qui vont circuler dans le pays en un mois. Ils sont d’ailleurs appelés à utiliser un métro flambant neuf, électrique et autonome, construit pour l’occasion, et que nos envoyés spéciaux ont pu emprunter. (...)

Après le tournoi, certains stades seront démontés pour être construits ailleurs. (...)

Après la visite de notre équipe, de nombreux autres journalistes du monde entier ont été conviés pour découvrir ce gage supposé de développement durable.

 Stades réfrigérés au Qatar : Un expert pointe « une aberration climatique »

Thierry Salomon, l’un des spécialistes de l’association négaWatt qui travaille notamment à bâtir des modèles de transitions énergétiques, évoque la « gabegie » des stades qatariens.

Le premier mot qui lui vient à l’esprit est « gabegie », puis d’autres suivent aussitôt, comme « horreur énergétique ». Thierry Salomon, expert au sein de l’association négaWatt, un think tank qui effectue un travail de prospective sur différents scénarios énergétiques, s’est bien évidemment penché sur la question de la climatisation du stade Khalifa de Doha lors des récents Mondiaux d’athlétisme. En 2022, pour le Mondial de foot, plusieurs stades seront cette fois concernés. (...)

THIERRY SALOMON. Il nous manque malheureusement les éléments techniques sur le système de réfrigération des stades. La transparence n’est pas de mise en l’occurrence ! Et les indications fournies sont trop floues pour établir un calcul précis, le risque d’erreur est trop important. On nous dit par exemple qu’il y aura du solaire pour faire fonctionner tout ça, mais dans quelle proportion ? Aucune réponse. Ce que nous savons par contre, c’est que l’essentiel de l’électricité produite au Qatar l’est au moyen de centrales thermiques. Et ce qui est certain aussi - parce que l’on veut faire courir des athlètes sous la fournaise ou que l’on souhaite organiser une compétition de football pendant un mois seulement -, c’est qu’il s’agit d’une aberration énergétique par rapport au déploiement de technologies nécessaires. Mais de la même manière que la piste de ski ouverte l’été dans l’est de la France (NDLR : une piste indoor, à Amnéville-les-Thermes, en Moselle) est une aberration énergétique. Il faut savoir regarder d’abord ce nous faisons nous aussi… (...)

Le problème est que cette débauche de technologies avec des coûts énergétiques très lourds n’est pas un problème local. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une pollution localisée, car avec ces problèmes d’émissions de gaz à effet de serre, cela concerne en temps réel l’ensemble de la planète. Et le Qatar a déjà un triste record du monde (...)

Il y a pourtant eu un processus de désignation international, en l’occurrence celui de la Fifa, qui a attribué en toute connaissance de cause cette Coupe du monde au Qatar…

C’est une décision absolument irresponsable. La gabegie énergétique se situe tout au long du processus. (...)

Après, on peut se demander si ce n’est pas tout aussi choquant de désaliniser de l’eau de mer pour arroser des greens de golf ?

 Mondial-2022 : les ouvriers d’un stade au Qatar payés 57 centimes de l’heure
Les ouvriers travaillant à la construction du stade d’Al-Wakrah au Qatar, l’une des enceintes destinées à accueillir des matches du Mondial-2022, sont payés 57 centimes d’euro de l’heure et travaillent jusqu’à 30 jours par mois, a révélé le quotidien « The Guardian » (...)

Selon le journal britannique, une centaine de travailleurs sont concernés. « The Guardian » affirme, citant des ouvriers, que les passeports des ouvriers leur ont aussi été retirés par leur manager, et ce en contradiction avec la charte émise par les organisateurs du Mondial-2022. En février, le Qatar avait en effet annoncé une série de mesures pour protéger les ouvriers sur les chantiers des stades après les accusations d’esclavagisme. Le pays était alors accusé depuis plusieurs mois d’esclavagisme et de travail forcé d’ouvriers népalais, morts sur les chantiers. Un scandale déjà révélé par « The Guardian ». (...)

Depuis l’attribution en 2010 de l’organisation du Mondial-2022, le Qatar fait l’objet de vives critiques de la part des organisations des droits de l’Homme et syndicales qui dénoncent le sort réservé aux travailleurs étrangers. « Le Qatar est un Etat esclavagiste » a encore affirmé la Secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale, Sharan Burrow, en marge du Congrès de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), en juin à Genève