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Marie-Claude Saliceti
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Migrantes en France, jusqu’à quand ?
Article mis en ligne le 10 août 2015
dernière modification le 6 août 2015

Après leur expulsion mouvementée début juin 2015 d’un camp de fortune parisien, les migrants ont été dispersés. Les femmes, quant à elles, étaient envoyées vers des hôtels, aux quatre coins de l’Ile-de-France. Rencontre avec trois de ces naufragées du 21ème siècle, échappées d’Erythrée, du Darfour et d’Ethiopie.

(...) Louam est enceinte de trois mois. Comme lors de chacune de nos rencontres, la discussion débute de manière assez banale, mais cette fois-ci, un détail retient l’attention. Des formes circulaires, ornent chaque doigt de sa main droite.

Elle hésite, puis sort un petit objet métallique de sous son oreiller, une tige qui se termine en spirale, « je m’en sers pour effacer mes empreintes, on a toutes rendez-vous dans quelques jours pour les donner et je ne veux pas être renvoyée en Italie… ». En effet, la législation européenne impose que la demande d’asile soit faite dans le premier pays européen où l’on peut retrouver des traces du passage des migrants et Louam a donné ses empreintes en Italie.

L’effacement des empreintes est une opération douloureuse, « on se brûle le bout des doigts en plusieurs fois, je mets le métal à chauffer sur la bougie jusqu’à ce qu’il soit brûlant puis je le pose sur mon doigt. Enfin je mets chaque doigt sur la plaque électrique. Je fais ça jusqu’à ce que mon empreinte ne soit plus visible. » L’unique fenêtre de la chambre est grande ouverte afin d’éviter que l’alarme incendie ne se déclenche. (...)

Lors de nos premiers entretiens, les femmes ont longuement débattu de l’intérêt d’être interviewées. La méfiance était telle que le simple fait de sortir un appareil photo suscitait de fortes réactions, « à La Chapelle, on nous prenait en photo comme au zoo, sans nous demander notre autorisation », expliqueront les femmes. (...)

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La première à avoir accepté un entretien après quelques semaines d’échanges est Sofia*. Originaire du Darfour, la jeune femme de 26 ans quitte cette région soudanaise, en guerre quasi permanente, le 10 mars 2015. Employée dans une organisation humanitaire, elle explique qu’elle distribuait de la nourriture dans les camps de réfugiés. « La vie est parfois ironique. Aujourd’hui c’est à moi que l’on donne de la nourriture. Au Darfour, j’étais heureuse, mais la police me surveillait car je travaillais pour une organisation américaine. Ils pensaient que j’étais une espionne ». (...)

La jeune femme raconte avec force détails les quatre premiers interrogatoires subis. Ses propos sont mesurés même si le flot de paroles jaillit comme si c’était la première fois qu’elle en parlait à quelqu’un.

Le cinquième interrogatoire marquera son départ, « ils m’ont violée… ». Elle retient difficilement ses larmes avant de conclure « dès lors je n’avais qu’un seul objectif, partir, quitte à mourir sur le chemin ».

De son passage en Libye, Sofia garde le souvenir de longues heures de travail afin de payer son voyage vers la France, le pays des « droits de l’Homme ». « J’ai vite déchanté ». (...)