Comme le Paris-Nantes du PSG, la grande majorité des trajets effectués par des avions privés en France sont faisables autrement, parfois sans grande différence de temps.
L’entraîneur du PSG, Christophe Galtier, a suscité une polémique en tentant de justifier l’usage de l’avion, plutôt que le TGV ou le « char à voile », pour se rendre à Nantes – des propos qu’il a dit regretter hier, reconnaissant une « blague de mauvais goût ». L’équipe parisienne avait loué un Boeing 737 de cinquante-six places pour faire un aller-retour Paris (CDG)-Nantes, pour son match de Ligue 1.
Un trajet de quarante-deux minutes auquel s’ajoutent les transferts vers l’aéroport de Roissy, puis le trajet de l’aéroport de Nantes au stade de la Beaujoire. Au retour, l’équipe a même dû prendre un bus jusqu’à Saint-Nazaire, car l’aéroport de Nantes n’autorise pas les départs après minuit, ce qui a occasionné un trajet à vide de douze minutes pour l’avion de la compagnie lituanienne KlasJet. Un total d’au moins quatre heures pour l’aller-retour, sans compter les temps d’attente, qui présente peu d’avantages face à un trajet en train (deux heures entre les gares de Paris-Montparnasse et de Nantes, comme le soulignait Alain Krakovitch, directeur de TGV-Intercités).
Mais l’indignation provient surtout de la pollution engendrée : sur ce trajet, le train rejette environ 100 fois moins de CO2 dans l’atmosphère : 134 kg pour 56 personnes en TGV, contre plus de 13 tonnes pour le jet, sans même compter le vol à vide entre Nantes et Saint-Nazaire et les trajets en bus. (...)
Au-delà de cet exemple et d’autres très médiatisés durant l’été, comment sont utilisés les jets privés ? Pour le savoir, Le Monde a compilé les vols de 235 jets en activité immatriculés en France et analysé plus de 125 000 vols, dont plus de 30 000 effectués depuis le début de l’année 2022.
Ces données sont disponibles grâce aux capteurs ADS-B, obligatoires à bord de tout avion récent, librement accessibles en temps réel sur des sites tels qu’adsbexchange.com. Ces déplacements en jet pèsent de façon disproportionnée sur l’environnement : selon l’ONG Transport & Environment, un trajet en jet pollue entre cinq et quatorze fois plus qu’en avion de ligne, qui émet lui-même environ quarante fois plus qu’un train.
Nice, Genève et Bordeaux, les destinations privilégiées (...)
La grande majorité des vols s’effectue entre des villes bénéficiant d’une liaison commerciale directe, voire sont aisément reliées en train, avec un impact carbone bien moins élevé. L’exemple le plus évident est celui du trajet Paris-Bordeaux, qui a été parcouru au moins 375 fois en jet depuis le début de l’année 2022 : alors que les deux villes sont reliées en deux heures dix par TGV, le trajet en avion privé fait gagner à peine une heure et quart, en multipliant par 400 les émissions de CO2. (...)
En mai, Elon Musk était épinglé pour un trajet d’à peine neuf minutes entre San Francisco et San José. Le directeur général de Tesla n’est pas seul à effectuer des trajets qui pourraient aisément s’effectuer en voiture (électrique). Depuis le 1er janvier, plus de 730 vols intérieurs en France métropolitaine ont duré moins de trente minutes. (...)
Le tableau ci-dessous compile les vols les plus courts effectués de façon répétée (c’est-à-dire plus d’une fois) en 2022. (...)
Mardi 23 août, sur France Inter, Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, estimait que « dans la grande majorité des cas, ce sont des transports commerciaux, on envoie des équipes sur place ». Pourtant, dans la plupart des cas, les vols semblent se diriger vers des destinations ensoleillées. (...)