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Marie-Claude Saliceti
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Le Monde
Les réfugiés éthiopiens affluent par dizaines de milliers dans des camps de fortune au Soudan
Article mis en ligne le 20 novembre 2020

A mesure que le conflit dans la région éthiopienne du Tigré s’envenime, les habitants fuient vers le Soudan voisin.

Dans un nuage de pot d’échappement, un camion chargé de réfugiés éthiopiens arrive au camp soudanais d’El Hashaba. Son enfant sous le bras, une femme débarque des bidons vides. Un vieil homme, foulard noué sur la tête, détache les liens des trois chèvres qu’il a emportées avec lui. Fuyant les tirs et les bombardements, ces familles ont descendu la rivière Tekezé jusqu’au poste-frontière de Hamdayet, aux confins de l’Erythrée, du Soudan et de l’Ethiopie. Puis, entassés dans une remorque, ils ont parcouru les 20 kilomètres de piste qui séparent leur pays de ce village quadrillé de baraquements en béton. (...)

D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), plus de 27 600 personnes sont arrivées au Soudan à bord d’ambulances, de tracteurs, de tuk-tuks, ou tout simplement à pied, depuis le début de l’offensive des forces fédérales éthiopiennes contre la région dissidente du Tigré, le 4 novembre.

Les combats ont éclaté après des mois de tensions entre le gouvernement d’Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), un parti qui a contrôlé pendant trente ans l’appareil politique et sécuritaire éthiopien. Dimanche 15 novembre, les forces tigréennes ont revendiqué plusieurs attaques contre l’Erythrée, qu’elles accusent de prêter main-forte aux forces éthiopiennes. Deux jours plus tard, l’armée fédérale a mené une offensive aérienne aux abords de Mekele, la capitale du Tigré. Des médiations tentent de s’organiser pour éviter une escalade qui déstabiliserait toute la Corne de l’Afrique. (...)

De crainte que le conflit ne dégénère sur son territoire, le Soudan a déployé une garnison d’environ 6 000 hommes dans la zone frontalière où affluent les réfugiés. Sous la supervision d’un soldat perché sur une remorque, faucilles, ciseaux ou barres de fer emportés par les déplacés sont confisqués à l’arrivée à El Hashaba, afin d’éviter des affrontements dans le camp.
« J’ai fui la main en sang »

Ici, les réfugiés sont tigréens, à une écrasante majorité. Ils affirment avoir été pris en étau entre l’armée fédérale éthiopienne au sud et les forces érythréennes au nord. (...)

Cet homme de 45 ans, blessé à la tête, raconte son arrivée à Mai-Kadra, une ville frontalière où plusieurs dizaines de civils ont été massacrés, selon Amnesty international. On ignore pour le moment qui sont les responsables de la tuerie. « Il y avait encore des affrontements entre groupes de jeunes gens, certains armés de machettes, de bâtons ou de pierres. Ce n’étaient pas des militaires qui se battaient. Il était impossible de savoir qui frappait qui. J’ai été roué de coups, puis des gens se sont interposés », se souvient le réfugié. (...)