Faudra qu’on arrive à se mettre d’accord entre nous.
Cela signifiera notamment comme toujours quand on est soucieux d’égalité, prendre en charge les revendications, les attentes et les désirs des plus faibles d’entre nous.
C’est mieux que de s’accorder sur un soi-disant « minimum commun » qui ne satisfait personne.
Plus on fera des compromis entre nous, moins on aura à en faire avec ceux d’au-dessus.
Si on y arrive, on pourra Vraiment leur faire peur.
Si on y arrive, on aura une Réelle chance de ne pas perdre.
Si on y arrive, on aura une chance de Changer un paquet de choses.
Comme flinguer c’est pas possible land.
C’est tout le mal que je nous souhaite.
« Ne dites jamais : "c’est naturel" afin que rien ne passe pour immuable. » Bertolt Brecht
Chaque évacuation est différente des autres.
N’en déplaise aux gouvernants, chaque migrant.e a un nom, une histoire et des rêves. Comme nous : subjectivement.
Tous et toutes ont des droits. Comme nous : théoriquement.
Ces derniers mois, ceux-ci sont très souvent - voire systématiquement - violés, piétinés, niés par cette démocrature socialiste aux reflets chaque jour un peu plus bruns.
Comme nous, en vrai, mais en pire.
« Racisme », « Etat d’urgence », « austérité », « communication » et « gestion absurde » sont des mots qui qualifient les politiques actuelles de ceux qui prétendent nous gouverner.
Les mots de ceux qui prétendent être nos maîtres. Ces derniers camouflent leurs agissements derrière d’autres mots dont ils truffent leurs discours : « nécessité », « accueil », « dignité », « autorité », « devoir », « sécurité ».
Parmi les vies concernées par l’événement de ce matin, il pourrait y avoir celle de Omar, demandeur d’asile soudanais âgé de 20 ans, hospitalisé en urgence hier soir à minuit.
Il était fiévreux, en crise de tachycardie et avait des douleurs abdominales depuis 10 jours.
Hépatite, tuberculose ? On ne sait pas.
Il y a déjà eu des cas dans la rue.
Après 21 jours de campement sur le même lieu, Médecins du Monde devait, paraît-il, passer jeudi. Ils n’auront pas à le faire.
Suite à une mobilisation, des toilettes ont été installées il y a 6 jours. Les toilettes, c’est un signe d’évacuation imminente. Elles ne sont pas là pour soulager la personne ou pour éviter que les rues sentent la pisse mais pour être là à l’arrivée des journalistes. (...)
Pourquoi c’est à nous de nous occuper de ça ?
On ne s’est pas trompé, l’évacuation avait bien lieu ce matin. 5 heures plus tard.
Cette fois-ci on savait avant.
Il y avait eu des fuites de centres d’hébergements via les migrant.e.s qui appellent parce qu’on leur a dit qu’il allait falloir se serrer.
On savait via les travailleurs et travailleuses de l’asile ou des syndicats qui estiment que c’est pas humain cette façon de traiter des gens, nos égaux.
Des gens qui, même si c’est la 27e évacuation, estiment, envers et contre tout ce que peuvent raconter le premier ministre et le FN et en dépit de tous les silences partout ou presque à gauche, qu’ainsi que le disent les migrant.e.s dans une Europe qui s’ensauvage chaque jour un peu plus : « nous ne sommes pas des animaux ».
C’est sans doute parce qu’on savait que le quartier a été bouclé si tôt, à 5h45, et si largement.
Double cordon de bleus bien gras, au moins 40 voitures ou camions de flics et une centaine de CRS au moins. (...)
On peut appeler cette zone « C’est comme ça land ». Un parc d’attraction pour hommes en bleus, où le moindre poulet est tout-puissant.
Tout ou presque lui est permis et rien de ce qu’il n’autorise pas explicitement n’est autorisé.
Toutes les interactions que vous aurez avec eux passeront ou se termineront par « c’est comme ça ». (...)
Tous et toutes disent la même chose depuis 10 mois : « Je dormais là mais je suis allé aux toilettes et ils ont refermé derrière moi. Je ne peux pas revenir. »
« Mes affaires sont encore là-bas, je te jure. Je suis allé acheter du lait... »
Un jeune afghan était parti chez un ami pour aller se raser ... Il n’aurait pas du. Il est mineur, il restera à la rue.
Dans son communiqué repris sans broncher par tout les médias ou presque, la Préfecture affirme qu’elle a « mis à l’abri 985 personnes ».
Tant pis si les chiffres sont faux. (...)
Ce camp de rue s’était installé le 8 mars dernier au soir grâce à la détermination des migrants fatigués de la répression policière et du fait du courage de femmes exilées qui s’était postées devant eux avec leurs poussettes pour les protéger d’une charge imminente.
Nous avions fait une chaîne, résisté et, petit à petit, jour aprés jour, desserré l’étau policier.
Il y avait eu des blessés et notamment une personne solidaire toujours à l’hôpital, le bras cassé.
À Stalingrad, c’est un migrant afghan qui avait eu le bras cassé lors de la dernière évacuation.
Ce matin, la presse aussi a soigneusement été triée sur le volet. C’est mieux pour pouvoir « communiquer » en paix. Mr Yann Drouet dir’cab du préfet de Police m’a reconnu.
Le billet où je rapportais simplement ses mots sur les Rroms ne lui a pas plu.
Il a donc mandaté quelques sbires pour me ressortir fissa. (...)
Si cette 27e évacuation en 10 mois est singulière, il y a certaines choses qui ne changent pas. La permanence, c’est le structurel.
Une évacuation, surtout de cette ampleur, est marquée par l’empire du contrôle au faciès. (...)
On a aussi pu récupérer des couvertures et autres sacs de couchage qui en ce moment sont stockés en prétextant un déménagement (faut pas dire que c’est pour des exilé.e.s sinon ce ne serait pas possible) qu’on lave avec nos sous et qui n’iront pas à la benne.
À l’issue de l’évacuation, il y a entre 80 et 100 personnes sur le carreau réparties dans tout le quartier.
On part donc avec une cinquantaine en manifestation pour se rassembler devant la mairie du Xe où, paraît-il, on est pour l’accueil des réfugiés. (...)
Finalement, on se sépare en s’étant donné un point de rendez vous.
Les visages sont fatigués mais moins tristes qu’à d’autres moments.
Les prises de parole devant la mairie ont aidé tout le monde à se rendre compte qu’il y avait un combat commun à mener par delà les différences de langues et de nationalités. Les uns apprennent aux autres des slogans dans leurs langues respectives.
Il y a la colère pleine de promesses : « On ne dira plus merci à la mairie qui refuse même de nous parler. On les forcera à voir que nous sommes des humains » a dit un jeune Éthiopien.
Voilà qui peut être aidera à limiter les bagarres et les incompréhensions de ces dernières semaines. Des grilles sont en train d’être posées à Stalingrad par « la propreté de Paris » pour éviter que « ça » recommence.
La Chapelle, Stalingrad, Austerlitz.
À ce rythme, bientôt, c’est tout le métro aérien qui sera zébré de cages vides.
Paris devient tout doucement un zoo urbain désaffecté. (...)
Après tout, les exilé.e.s fuient notamment les guerres de nos gouvernements et l’horreur économique de nos multinationales.
Le fait est qu’à l’agenda des extrême-droites européennes il y a au top des priorités : la lutte contre les méchants « réfugiés économiques » pour ce qui est des nouveaux arrivants et « la menace musulmane » pour nier l’égalité des droits à des personnes déjà installées ici.
Après tout, être migrant à Paris c’est lutter contre l’État d’urgence.
Quand on y pense, la loi Travail a pour ambition de simplement rapprocher (un peu) le sort du travailleur français de celui d’un sans-papier.
Il faut donc espérer qu’on arrive à se rejoindre. À converger. (...)
Faudra qu’on arrive à se mettre d’accord entre nous. Cela signifiera notamment comme toujours quand on est soucieux d’égalité, prendre en charge les revendications, les attentes et les désirs des plus faibles d’entre nous. (...)