Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Les médicaments polluent les eaux - mais il y a des solutions !
Article mis en ligne le 7 novembre 2018

Les résidus de médicaments polluent trop souvent les eaux. Pourtant, des solutions existent, notamment un indicateur testé par des médecins et des pharmaciens qui leur permet de prescrire et délivrer des molécules moins dangereuses pour les milieux aquatiques.

Médicaments éliminés par voie naturelle ou médicaments jetés en dehors de la filière de tri adéquate : de plus en plus de résidus chimiques issus de traitements utilisés en médecine humaine et animale se retrouvent dans la nature et dans l’eau. Des études actuellement menées par le CHU de Nice et le laboratoire Ecomers sont même en train de démontrer que le milieu naturel marin est concerné par ces résidus. Résultat : on trouve des traces d’antibiotiques, d’anti-inflammatoires ou encore d’antiépileptiques dans les moules, les crustacés et les poissons.

Même s’il n’a jamais été scientifiquement prouvé que ces très faibles concentrations de résidus présents dans l’eau douce, dans l’eau de mer ou encore dans les animaux aquatiques peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé humaine, les mutations observées dans l’environnement confirment qu’il y a de quoi s’inquiéter. Plusieurs études ont ainsi démontré la féminisation de poissons dans les rivières polluées par des perturbateurs endocriniens.

« Il ne faut pas oublier l’effet “cocktail” » (...)

En médecine, il est aujourd’hui dans l’air du temps de réduire les consommations médicamenteuses (pas d’utilisation d’antibiotiques lorsque la maladie est virale, par exemple), mais cela n’est pas toujours possible et la santé humaine a toujours prévalu sur toute autre cause. (...)

Alors, pour proposer un traitement efficace et aux conséquences environnementales faibles, certains pharmaciens et médecins français ont eu l’idée, dans leurs prescriptions ou leurs commandes, d’essayer d’éviter les molécules les plus toxiques et de trouver des alternatives médicamenteuses tout aussi efficientes.

Ils s’aident pour cela d’un indicateur qui permet de choisir, dans une même catégorie de médicament et à effet identique, une molécule plutôt qu’une autre. Tout droit venu de Stockholm (Suède), l’indice PBT (pour persistance, bioaccumulation et toxicité) permet ainsi de prendre en compte les effets environnementaux au moment de la prescription. (...)

quelques hôpitaux ont suivi le mouvement. « Ils se comptent malheureusement sur les doigts d’une main », regrette Olivier Toma. Il faut dire que, dans les établissements de santé, la mise en œuvre du processus s’avère compliquée. « À l’hôpital, contrairement aux officines de ville, nous n’avons pas tous les médicaments disponibles et nous n’avons pas beaucoup de marge de comparaison », explique Catherine Taillefer.

« On est soumis aux appels d’offres mais, à l’heure actuelle, il n’y a aucune obligation de la part les laboratoires pharmaceutiques de renseigner cet indice, même pour ceux qui le prennent en compte », souligne de son côté Sylvie Chanton, pharmacienne au centre hospitalier de Cannes (Alpes-Maritimes) qui a, elle aussi, adhéré à l’indice PBT, en essayant de sensibiliser les praticiens de son établissement.

Autres freins soulevés par la pharmacienne : l’absence de comparaison globale entre les médicaments et la limitation de l’indice aux seules molécules. (...)

Après 18 mois d’expérimentation, les premiers résultats semblent au rendez-vous. Très méthodologiquement, avec une zone témoin prise en compte pour une comparaison efficace, des analyses de l’eau du bassin proche ont été effectuées avant l’expérience puis après plusieurs mois. « C’est plutôt positif, même s’il est encore un peu tôt pour publier des chiffres », commente le Dr Bastien.

À présent, l’enjeu est de convaincre. « Il faut informer le public, faire le buzz, provoquer la demande », estime le Dr Bastien, qui mise sur l’aspect marketing pour persuader l’industrie du médicament d’intégrer les conséquences environnementales dans le développement de nouvelles molécules et de mettre en valeur l’indice PBT sur les conditionnements. (...)

Il faut aussi légiférer, selon Olivier Toma, de l’agence Primum Non Nocere, qui dénonce un « manque de volonté politique ». « Les portes sont fermées, notamment en ce qui concerne les principes d’attribution de l’AMM [l’autorisation de mise sur le marché] des médicaments, explique-t-il. Ce qui est affligeant, c’est que contrairement aux traitements destinés aux animaux, l’écotoxicité des médicaments destinés aux humains n’est jamais prise en compte dans les critères d’attribution du SMR [le service médical rendu] et de l’ASMR [l’amélioration du service rendu], qui sont les critères pris en compte lors de l’AMM. » (...)

COMMENT, INDIVIDUELLEMENT, LIMITER LES RÉSIDUS MÉDICAMENTEUX
Inviter son médecin à prescrire le médicament qui, à efficacité égale, aura le moins d’effet nocif sur l’environnement ;
Accepter de recevoir une quantité dispensée correspondant au besoin réel en utilisant des conditionnements adaptés ;
Rapporter systématiquement les médicaments non utilisés à la pharmacie de ville ;
Ne jamais jeter les médicaments dans les éviers, les toilettes…