L’abondance énergétique est un aveuglement collectif profond répandu jusque dans les rangs des écologistes, explique l’auteur de cette tribune. Cette illusion nimbe les énergies renouvelables et les nouvelles technologies de l’information d’un halo salvateur, alors qu’elles perpétuent la dévastation du monde.
Le problème majeur qu’ont éludé tous les discours tenus dans le cadre de la COP21 — mais aussi de nombreux discours tenus autour d’elle —, c’est que la croissance permanente des quantités d’énergie nécessaires au fonctionnement ordinaire des sociétés industrialisées n’est ni possible ni souhaitable. Pour être précis : c’est cette croissance qui a amené aux divers dérèglements qui se manifestent depuis quelques décennies, et sa poursuite n’est possible qu’au prix de pollutions, de guerres et de contraintes politiques intolérables… bien que nous ayons pris l’habitude de les tolérer, notamment quand elles se produisent ailleurs.
Dans les années 1970, lors du premier choc pétrolier, on avait entendu jusque dans la bouche de hauts responsables politiques des appels à modérer les besoins individuels et collectifs en énergie. Mais depuis le début de la deuxième alarme écologique, dans les années 2000, cette nécessité de bon sens n’est jamais évoquée, fût-ce pour la forme, par la technocratie au pouvoir. Celle-ci se contente d’encourager les citoyens et les entreprises à rationaliser leur consommation d’énergie grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (objets intelligents, compteurs Linky…).
Un comble quand on se rend compte que ces technologies sont en train de devenir le moteur de la dévastation du monde. Plusieurs études attestent depuis 2008 que le secteur des NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication) est à l’origine d’une quantité de gaz à effet de serre comparable à celle que produit l’aviation (...)
Au-delà des intérêts sonnants et trébuchants de certaines industries, un livre publié au début de 2015 permet d’éclairer cet aveuglement collectif : Les Illusions renouvelables [2]. Jose Ardillo ne s’y attarde pas particulièrement sur les technologies de l’information et de la communication, il propose une histoire générale de la démesure énergétique depuis la Première Guerre mondiale. Il montre combien est ancrée dans l’imaginaire moderne l’idée qu’un haut degré de culture et de liberté implique de disposer de sources d’énergie abondantes. (...)