
(...) J’ai rédigé cette étude sur le racisme et l’antiracisme en deux temps, pour répondre à deux exigences différentes et complémentaires.
Il y a quelques années, alors que la dispute sur le « nouveau racisme » différentialiste battait son plein, il m’avait semblé utile de brosser un aperçu de la genèse historique et des caractéristiques propres de la doctrine raciste. Pour montrer à quel point l’opposition entre anciens et nouveaux racismes était forcée. Et, surtout, pour mettre en lumière le cœur, qui malheureusement bat encore fort, du racisme doctrinaire et ses rapports avec le néocolonialisme, l’exploitation de classe, le sexisme.
Aujourd’hui, alors que le racisme institutionnel redouble de virulence dans toute l’Europe, en particulier contre les immigrés musulmans, les Rroms, les sans-papiers et les demandeurs d’asile, il me semble urgent d’ébaucher, tout du moins, les fondements de sa critique. Pour révéler les faussetés et mensonges dont il se nourrit. Pour montrer la manière dont il s’évertue à exciter le racisme populaire au beau milieu d’une crise économique et sociale de proportions cyclopéennes.
Et pour lancer un cri d’alarme : il n’y a pas de temps à perdre, il faut renforcer la lutte contre le racisme d’État, pour rapprocher et unir les travailleurs autochtones et immigrés, les populations autochtones et les populations immigrées. (...)
il s’agit d’une arme rationnelle, utilisée avec sapience par la classe capitaliste dominante pour diviser profondément la classe des salariés et maintenir de cette façon l’ordre établi. Une arme qui est d’autant plus efficace si elle réussit à attirer une partie des couches sociales populaires et à leur faire entonner le refrain de la xénophobie et du racisme, ce que les pouvoirs constitués s’évertuent à obtenir depuis plusieurs années sans lésiner sur les moyens.
L’entrelacement explosif du racisme d’État, du racisme doctrinaire et du racisme populaire représente un défi extrêmement ardu, à la hauteur duquel n’ont été jusqu’ici ni le mouvement antiraciste, ni celui des travailleurs. (...)