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La vie des idées
Le pangolin pris au piège
Article mis en ligne le 29 avril 2021
dernière modification le 28 avril 2021

Pas loin de 35 ans après les excuses que lui avait présentées Pierre Desproges pour avoir dit de lui qu’il ressemblait à un artichaut à l’envers, le pangolin s’est trouvé une nouvelle fois sous le feu des projecteurs au début du mois de février. Le 7 de ce mois, l’équipe de recherche de Shen Yongyi et Xiao Lihua (South China Agricultural University, Guangzhou) a émis l’hypothèse que l’animal avait pu jouer le rôle d’hôte intermédiaire du coronavirus entre la chauve-souris et l’humain. Quelques semaines plus tard, rien ne permet encore de confirmer cette hypothèse. Le coronavirus identifié chez le pangolin partage environ 90% de son ADN avec le virus transmis par les humains, une similarité insuffisante pour lier les deux.

Mais si le débat scientifique n’est pas tranché, il a au moins rappelé la dimension zoonotique de l’épidémie de covid-19, de même qu’il a ramené dans les discussions la question des relations entre humains et non-humains dans une société industrielle mondialisée. (...)

De ce point de vue, il est devenu urgent de reposer la question : s’agit-il seulement de bannir la consommation et l’utilisation médicale d’animaux sauvages menacés ? Ou n’est-il pas aussi urgent de s’attaquer aux conséquences néfastes de la marchandisation de la nature et de la globalisation des marchés ? La situation actuelle du pangolin, animal menacé, soumis à des usages multiples et objet d’un commerce transnational, montre à quel point l’industrialisation de la consommation et l’expansion internationale des marchés sont de plus en plus incompatibles avec le maintien de notre existence.
La prédation industrielle (...)

C’est un animal solitaire et nocturne qui vit, du niveau de la mer à des zones d’altitude, plutôt en forêt, dans des terriers creusés dans le sol ou au creux des arbres. En raison de l’anthropisation croissante des milieux naturels, on en observe aussi sur des terres agricoles (plantations, terres cultivées), voire en zone périurbaine. (...)

la destruction et la dégradation de son habitat par l’urbanisation et par la construction de routes et d’infrastructures, la prédation par d’autres animaux (tigres, chiens sauvages, pythons, etc.), l’usage de pesticides, ou encore l’électrocution par des barrières électriques. Mais c’est sans doute le commerce illégal du pangolin ou de parties de son corps, principalement pour un usage alimentaire et médical, qui fait actuellement peser sur lui la plus grande menace. Il a en effet été qualifié depuis plusieurs années « d’animal le plus braconné au monde ». Les huit espèces de pangolin sont recensées par la liste rouge de l’union internationale de conservation de la nature (UICN) qui répertorie les espèces animales et végétales menacées. (...)

Pangolins-aliments et pangolins-médicaments (...)

Le pangolin est consommé dans toutes les zones où il est présent. Sa peau peut par exemple être utilisée pour confectionner des vêtements, des chaussures ou encore des sacs. Mais les usages principaux sont culinaires et médicaux. (...)

des enquêtes ont signalé au début des années 1990 que selon les pharmaciens vietnamiens une clientèle européenne demandait de façon accrue des écailles de pangolin contre le cancer du sein.

En Afrique subsaharienne aussi, le pangolin fait l’objet de multiples usages médicaux. Au Ghana, 15 différentes parties du pangolin sont utilisées incluant la langue, les intestins, le foie, les griffes – les plus utilisées étant les écailles, la tête, les os et la viande. Au Sierra Leone, ce sont 22 parties qui sont utilisées pour traiter 59 maladies et problèmes. Dans la province d’Ijebu, au Nigeria, on recense plus d’une cinquantaine d’usages. Les maux et les problèmes les plus fréquemment traités par l’usage du pangolin ou des parties de son corps sont : les blessures, l’infertilité, l’impuissance, les douleurs lombaires, problèmes digestifs, les convulsions, les douleurs menstruelles, les rhumatismes. Il est aussi considéré efficace pour la protection spirituelle, la protection contre la sorcellerie et le mauvais sort, pour les rituels d’argent. Comme en Asie cependant, ce sont les écailles qui sont le plus valorisées. (...)

Il faut également rappeler que la médecine traditionnelle est aujourd’hui, au même titre que l’ensemble des activités médicales, engagée sur la voie de l’industrialisation. Les usages pharmaceutiques du pangolin ne sont pas exempts de ce phénomène. (...)

On compte ainsi 209 compagnies pharmaceutiques fabricant des médicaments à base de pangolin et les distribuant dans différentes provinces, principalement dans le nord de la Chine. (...)

Un marché globalisé et délocalisé (...)