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Le grand gentil marché
Article mis en ligne le 2 juin 2014
dernière modification le 30 mai 2014

Le Cercle des Economistes et le journal Le Monde ont attribué lundi le prix du meilleur jeune économiste à Augustin Landier, diplômé du MIT et aujourd’hui professeur à la Toulouse School of Economics [1]. En 2007, ce dernier avait publié avec David Thesmar un ouvrage vantant les bienfaits des marchés financiers.

Afin de tourner en dérision toute « révolte contre le ‘grand méchant loup’ du libéralisme financier », les auteurs avaient choisi d’intituler leur livre Le grand méchant marché, décryptage d’un fantasme français. David Thesmar avait obtenu en 2007 le prix du meilleur jeune économiste.

A la lecture de la critique des thèses de Landier et Thesmard par Bernard Guerrien, on peut se demander comment celles-ci ont pu susciter l’admiration. Pourquoi était-il de bon ton en 2007 d’écrire que « les marchés financiers fournissent une technologie d’allocation des efforts et du capital » et que « le marché est avant tout une manière de donner la parole à la ‘sagesse de la foule’ plutôt qu’à l’arbitraire des décisions d’experts, une technologie de démocratie directe » (Landier et Thesmar 2007, p. 175) ?

La crise qui ne devait pas avoir lieu

Jusqu’à lundi dernier, on pouvait se consoler en se disant que ce prix avait été décerné juste avant l’éclatement de la bulle immobilière américaine. Depuis lors, chacun a pu constater que les innovations financières ont décuplé la puissance destructrice des contradictions du capitalisme néolibéral. Les thèses des deux économistes ayant été invalidées par la crise mondiale, on pouvait raisonnablement penser qu’Augustin Landier ne serait pas récompensé.

Pourquoi ce dernier vient-il de recevoir à son tour le prix du meilleur jeune économiste ? La réponse est simple : la crise qui a eu lieu ne devait pas avoir lieu. Ce sont deux économistes qui l’expliquent et ils s’appellent… Augustin Landier et David Thesmar. (...)

La période néo-libérale fut scandée de crises de plus en plus graves s’accompagnant de la montée d’une dissonance cognitive. Comme l’expliquait Frédéric Lordon le 31 janvier 2007 : « en dépit de la récurrence de ces crises monumentales, dont certaines peuvent être candidates à entrer dans les livres d’histoire, en dépit de cette récurrence je ne vois aucun processus d’apprentissage. Et là je dois dire également que le capitalisme est un bestiaux impressionnant par ses capacités de résilience tout de même. A chaque fois on croit qu’il va finir par terre ou dans un grand fracas, et l’énorme chose tremble sur son piédestal et puis, broum, se remet d’aplomb et c’est reparti pour un tour. Pourquoi ? Parce que le capitalisme fait payer ses pots cassés par le salariat ». Affirmation idéologique répondrait sans doute Augustin Landier [5]. Pourtant nous en sommes là. Bien loin de la merveilleuse « démocratie directe » du grand gentil marché. (...)