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Le climatoscepticisme reste présent dans la classe politique
Article mis en ligne le 29 novembre 2019
dernière modification le 28 novembre 2019

En France, hommes et femmes politiques ont accepté dans leur ensemble la réalité des changements climatiques, du moins à l’échelon national. Pourtant, les actions ambitieuses pour lutter contre cette menace font défaut, souvent par relativisme de l’urgence.

Contrairement aux États-Unis, où la classe politique se polarise entre ceux qui nient le changement climatique — principalement les Républicains et le président Donald Trump — et ceux qui s’en emparent — les Démocrates —, les discours climatosceptiques se font discrets dans l’Hexagone.

« En Amérique du Nord et au Brésil, une grande partie des élus conservateurs refusent d’accepter la réalité du changement climatique et la responsabilité de l’Homme dans ce phénomène, observe Simon Persico, professeur de sciences politiques à Sciences Po Grenoble et au laboratoire Pacte. Ce déni leur permet de défendre un modèle extractiviste et productiviste sans se cacher. » En France, estime-t-il, « la question climatique est trop prégnante pour être niée, la position climatosceptique est en fort déclin dans la population. C’est devenu un enjeu consensuel. Il est intenable de dire que le changement climatique n’existe pas. » Selon le rapport 2018 de l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) sur les représentations sociales du changement climatique, 71 % des Français pensent que le réchauffement de la planète est causé par les activités humaines, contre 65 % en 2010.
À l’échelle régionale, des climatosceptiques décomplexés subsistent

Même à l’extrême droite de l’échiquier politique, « une majorité est consciente du changement climatique et évolue plutôt dans la mouvance de la collapsologie », dit Stéphane François, historien des idées et politologue.

Y compris au Rassemblement national. (...)

« Le Rassemblement national [RN] n’a en réalité que peu de considérations écologiques, mais il s’empare de ces questions pour proposer des solutions autoritaires et démagogiques qui permettront à son électorat de continuer de vivre de la même façon, en cherchant évidemment des boucs émissaires, analyse Stéphane François. Les élus RN préfèrent mettre en place des frontières hermétiques pour faire en sorte que les réfugiés climatiques restent au dehors du pays, plutôt que d’agir globalement sur les causes du changement climatique. »

À l’échelle régionale, des climatosceptiques décomplexés subsistent cependant. Corinne Morel-Darleux, conseillère écosocialiste d’Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), se dit « toujours confrontée à des discours climatosceptiques assumés », notamment de la part d’élus Rassemblement national (RN) et Les Républicains (LR). (...)

À l’Assemblée nationale, au Sénat ou au gouvernement, en revanche, « les climatosceptiques “à l’ancienne” ne sont plus le cœur du problème, pas les principaux freins à l’action aujourd’hui », dit Matthieu Orphelin, député de la 1re circonscription du Maine-et-Loire et engagé dans le collectif Accélérons.

« Nous n’avons pas affaire à un déni total des données scientifiques qui font consensus », constate Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres et présidente de Génération écologie. Le changement climatique devenant de plus en plus palpable pour la population française, « il est devenu très incorrect de tenir ce genre de propos », affirme Ronan Dantec, sénateur de la Loire-Atlantique et membre d’Europe Écologie-Les Verts.

Le déni ne porte plus sur l’existence du changement climatique ni même sur la responsabilité humaine dans ce phénomène. Le déni a muté, et réside désormais dans « la magnitude des conséquences de l’accélération en cours, sur le peu de temps qu’il reste pour agir », dit Delphine Batho. (...)

Ronan Dantec observe, lui, « une évolution du climatoscepticisme vers un climato-égoïsme : on justifie de ne rien faire non pas parce qu’on nie le dérèglement climatique, mais parce que l’on considère qu’il est plus important de maintenir ses intérêts immédiats ». (...)

Dans le fond, tout le monde est contre le réchauffement climatique mais, là où se nichent des positions vraiment différentes, c’est sur la mise en œuvre d’actions, dit le politologue Simon Persico. Pour certains, la lutte contre le changement climatique n’est pas une priorité par rapport à l’emploi ou à la croissance économique. La plupart des travaux s’accordent à dire que le découplage entre croissance du PIB et croissance des émissions est impossible. Davantage de croissance économique, c’est davantage d’émissions. Tout dépend d’où vous placez le curseur du compromis entre les deux : du côté d’une lutte radicale contre le changement climatique ? Ou d’une défense farouche du développement économique ? »

« Il existe aussi une forme de climatofatalisme », poursuit Ronan Dantec, lequel consisterait « à ne pas faire des efforts, puisque les Chinois et d’autres dans le monde ne le feront pas ». (...)

« La vraie question aujourd’hui, c’est plutôt l’incohérence entre le discours officiel des gouvernants et les politiques énergétiques et climatiques qu’ils mettent en place » (...)

« Les sceptiques n’ont pas renoncé, écrivait alors Stéphane Foucart, journaliste au Monde, dans sa chronique intitulée « Climat : les habits neufs du scepticisme ». Ce ne sont plus des arguments qui sont attaqués, mais les personnalités qui incarnent et qui portent la mobilisation contre le réchauffement. » (...)

Emmanuel Macron et le gouvernement d’Édouard Philippe « ne sont pas climato-obscurantistes, ils ne sont pas dans le déni du réchauffement climatique », dit Delphine Batho. Pour la présidente de Génération écologie, le gouvernement est, en revanche, « conservateur » : « Il considère que l’amélioration de la condition des gens passe par l’augmentation de la production et de la consommation. Il est dans la négation des limites planétaires. Il refuse de regarder les causes de l’effondrement de la biodiversité et de l’accélération du changement climatique. L’intérêt de ces gens-là est de protéger le modèle de civilisation actuel et la croyance que la croissance économique peut pourvoir à notre bien-être. »

Pendant ce temps, les courbes de concentration du CO2 dans l’atmosphère s’envolent, le climat se détraque, et les manifestations du dérèglement se font toujours plus palpables.